Bezalel Smotrich interdit de territoire français : mieux vaut tard que jamais

Le ministre israélien d’extrême droite des Finances, Bezalel Smotrich, présente une carte du corridor foncier E1, près de Maale Adumim, lors d’une conférence de presse en Cisjordanie occupée, le 14 août 2025. © Menahem Kahana / AFP
Il aura fallu attendre des dizaines de milliers de morts à Gaza, l’explosion des violences en Cisjordanie occupée, la multiplication des colonies illégales et les appels à peine voilés au nettoyage ethnique pour que Paris se décide enfin à fermer sa porte à Bezalel Smotrich.
Mardi 9 juin, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé l’interdiction d’entrée sur le territoire français du ministre israélien d’extrême droite. Motif : sa politique qui « promeut activement l’annexion de la Cisjordanie ».
Une décision prise en coordination avec le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège.
Car cela fait des années que Smotrich ne cache rien. L’homme revendique ouvertement l’annexion de la Cisjordanie, soutient l’expansion des colonies, rêve d’une recolonisation de Gaza et milite pour l’asphyxie économique de l’Autorité palestinienne.
Rien de nouveau sous le soleil. Son programme politique tient en quelques mots : davantage de terres pour les colons, moins de droits pour les Palestiniens.
Pendant ce temps, sur le terrain, les colons extrémistes poursuivent leurs expéditions punitives. Villages attaqués, maisons incendiées, terres confisquées, familles chassées. Et souvent, comme le rappellent les pays signataires des sanctions, sous le regard bienveillant ou la protection directe des forces israéliennes.
Alors oui, cette interdiction est bienvenue. Mais elle soulève une question embarrassante : pourquoi maintenant ?
Quand Smotrich appelait déjà à « effacer » des villages palestiniens ? Quand il soutenait la colonisation à marche forcée ? Quand il expliquait sans détour que les Palestiniens devaient se soumettre ou partir ? Tout cela était connu. Documenté. Public.
Une fermeté tardive face à l’occupation
Il a fallu que l’indignation internationale devienne impossible à contenir pour que certaines capitales occidentales commencent timidement à sortir de leur torpeur diplomatique.
Sans surprise, Israël a dénoncé des « mesures honteuses ». Selon son ministère des Affaires étrangères, ces sanctions viseraient en réalité le droit des Juifs à s’installer sur la « terre d’Israël ». Une rhétorique désormais bien rodée : toute critique de la colonisation devient une attaque contre Israël lui-même.
Pourtant, le problème n’est pas l’identité des colons. Le problème, c’est l’occupation. Le problème, ce sont les colonies illégales au regard du droit international. Le problème, c’est la violence quotidienne imposée à une population sous occupation depuis 1967.
Après Itamar Ben Gvir, interdit de territoire français depuis le mois de mai, Smotrich devient le deuxième ministre israélien persona non grata à Paris. Un symbole fort, certes.
Mais les symboles ont leurs limites. Les Palestiniens de Cisjordanie n’ont pas besoin de gestes tardifs ; ils ont besoin que le droit international cesse d’être un slogan à géométrie variable.
La France affirme rester prête à prendre de nouvelles mesures si Israël ne change pas de cap. Très bien.
Reste à savoir si cette fermeté nouvelle survivra aux prochains communiqués diplomatiques.
Car si l’on peut saluer cette décision, une évidence demeure : lorsqu’il s’agit de défendre les droits des Palestiniens, l’Occident arrive souvent après l’incendie avec un verre d’eau.
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