L’Italie veut changer sa relation avec l’Afrique par la culture

Dans l’objectif de Mimmo Jodice, les traces de l’Antiquité deviennent une mémoire commune de la Méditerranée. L’exposition « Mediterraneo », présentée à Matera jusqu’au 8 novembre 2026, sera ensuite accueillie à Tétouan
Avec le nouveau Prix Mattei pour la coopération culturelle, Rome veut faire de la création, du patrimoine et de la formation de nouveaux instruments de rapprochement avec l’Afrique. Le Maroc figure déjà parmi les partenaires de cette stratégie qui entend dépasser la seule coopération économique.
En bref
- 1 million d’euros par an : le Prix Mattei sera doté de cette somme en 2026, 2027 et 2028.
- Deux volets : création artistique d’un côté, formation et échanges académiques de l’autre.
- Les candidatures pour la première édition seront ouvertes du 31 août au 31 octobre 2026.
- Le Maroc est concerné par le dispositif, qui prévoit des partenariats entre acteurs italiens et africains.
- Plusieurs projets sont déjà en cours, dont une résidence artistique entre Tétouan et Tivoli et une exposition photographique qui circulera de Matera à Tétouan.
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La culture devient un nouveau terrain de la relation entre l’Italie et l’Afrique. Rome vient de lancer le Prix Mattei pour la coopération culturelle. Un dispositif destiné à soutenir des projets artistiques, culturels et de formation associant des acteurs italiens et africains.
Créé dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique, le prix disposera d’un million d’euros pour chacune des années 2026, 2027 et 2028, soit trois millions d’euros sur l’ensemble de la période. Pour la première édition, les candidatures seront ouvertes du 31 août à midi au 31 octobre 2026 à midi.
La culture comme diplomatie
Le dispositif comporte deux volets. Le Premio Mattei Arte concerne les arts visuels, les arts appliqués, le spectacle vivant, l’audiovisuel, la traduction et la circulation des expositions. Le Premio Mattei Accademia est consacré à la formation et aux échanges artistiques et culturels.
Une partie importante des crédits est ainsi destinée à la création et une autre à la formation. Le mécanisme doit permettre à des acteurs culturels italiens de construire des projets avec des partenaires africains, plutôt que de financer simplement des manifestations ponctuelles.
Le Maroc entre pleinement dans ce dispositif. Il fait partie des pays concernés par le Plan Mattei et pourra participer au Prix à travers des partenariats avec des structures italiennes. Le nouvel outil ajoute ainsi une dimension financière et opérationnelle à une relation culturelle déjà ancienne entre les deux pays.
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Le Maroc, un partenaire naturel
Cette coopération ne commence pourtant pas avec le Prix Mattei. Plusieurs initiatives lancées en 2026 donnent déjà un aperçu de cette nouvelle approche.
Le Prix Natura Naturans/Naturata, organisé pour la troisième année, associe cette fois un artiste italien et un artiste marocain. Chacun bénéficie d’une résidence dans le pays de l’autre : l’un à Tivoli, près de Rome, l’autre à Tétouan.
Le programme porte sur la nature, le paysage et l’environnement et vise précisément à faire émerger une recherche artistique commune entre les deux rives. L’appel à candidatures a été lancé en avril 2026.
Le principe est révélateur : il ne s’agit plus seulement de montrer la culture d’un pays à l’autre, mais de faire travailler ensemble les créateurs, dans le temps d’une résidence et autour d’un projet partagé.
De Matera à Tétouan
Autre exemple, plus spectaculaire : l’exposition « Mimmo Jodice. Mediterraneo » est présentée du 7 juillet au 8 novembre 2026 au Palazzo Lanfranchi, à Matera.
Elle rassemble 83 photographies du grand photographe italien, autour de la mémoire, de l’archéologie et des traces des civilisations méditerranéennes. La série Mediterraneo, réalisée principalement entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, occupe une place centrale dans l’exposition.
Mais l’exposition est conçue pour poursuivre son voyage. À partir du début décembre 2026 et jusqu’à la mi-février 2027, elle sera présentée au Centre d’art moderne de Tétouan, faisant passer cette réflexion photographique sur la Méditerranée d’une rive à l’autre.
Le choix des deux villes n’est pas fortuit. Matera et Tétouan sont toutes deux Capitales méditerranéennes de la culture et du dialogue en 2026. L’exposition devient ainsi un projet de circulation culturelle entre l’Italie et le Maroc.
Un autre visage du Plan Mattei
Le nouveau Prix Mattei arrive donc à un moment où l’Italie cherche à donner davantage de contenu à sa politique africaine. Après les infrastructures, l’énergie, les investissements et les grands projets de coopération, la culture devient à son tour un secteur stratégique.
Pour le Maroc, cette évolution ouvre un espace supplémentaire de coopération. Elle concerne déjà les artistes et les institutions culturelles. Et pourrait aussi toucher les universités, le patrimoine, le cinéma et les industries créatives.
Reste à voir ce que produira le nouveau prix. Mais son lancement marque déjà un changement de perspective. L’Italie ne veut plus seulement coopérer avec l’Afrique. Elle veut aussi construire avec elle des projets culturels.
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