« Non au permis de tuer » : à la Fête de l’Huma, l’appel à marcher le 20 septembre prend un accent de plus en plus fort

 « Non au permis de tuer » : à la Fête de l’Huma, l’appel à marcher le 20 septembre prend un accent de plus en plus fort

Kery James avec les membres de l’association SAVE à la Fête de l’Humanité, le 13 septembre 2026. Photo : © Nadir Dendoune

Le micro à peine reposé, Kery James traverse les allées. Il vient de descendre de la scène Joséphine Baker, où il a enflammé la foule ce dimanche après-midi, dernier jour de la Fête de l’Humanité. Pas de loge, pas de détour : direction le stand de l’association SAVE (Stop aux violences d’État), quelques mètres plus loin, où on l’attend. L’accueil est chaleureux, presque familial. Ici, tout le monde se connaît, tout le monde porte une histoire. Le rappeur vient apporter son soutien à la marche du 20 septembre contre la loi dite du « permis de tuer ». Il ira plus loin que la simple poignée de main : « J’y serai », lâche-t-il, sous les applaudissements.

 

 

En bref

  • Kery James a annoncé sa participation à la marche du 20 septembre contre la loi dite du « permis de tuer ».
  • La mobilisation est portée notamment par l’association SAVE et des familles de victimes de violences policières.
  • La proposition de loi a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026.
  • Une pétition contre le texte a recueilli plus de 730 000 signatures.
  • Une marche nationale est prévue le 20 septembre dans plusieurs villes de France.

 

Autour de lui, ce dimanche-là, il y a Samia El Khalfaoui, tante de Souheil, tué à 19 ans par un tir policier en 2021.

Il y a Amal Bentounsi, fondatrice du collectif Urgence, notre police assassine, qui se bat depuis la mort de son frère Amine, tué d’une balle dans le dos par un policier en 2012.

Et il y a Issam El Khalfaoui, le père de Souheil, venu de Marseille pour porter, lui aussi, la parole des familles.

Sur la table du stand, des tee-shirts « Non au permis de tuer » s’empilent, vendus pour financer le combat de l’association.

 

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Une proposition de loi au cœur de la mobilisation

De quoi parle-t-on, au juste ? La proposition de loi visée par la mobilisation instaure une présomption de légitime défense pour les policiers et gendarmes qui font usage de leur arme à feu.

Concrètement, un tir, (même mortel), serait présumé légal dès le départ.

Ce ne serait donc plus aux forces de l’ordre de prouver qu’elles ont agi dans le cadre de la loi, mais à la victime, ou à sa famille, de démontrer l’inverse. Un renversement complet de la charge de la preuve.

Le texte a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026, porté à l’origine par Les Républicains et soutenu par le gouvernement. C’est le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez qui l’a fait avancer.

Une pétition citoyenne rassemblant plus de 730 000 signatures s’y est opposée, dépassant largement le seuil requis pour ouvrir un débat à l’Assemblée.

Le 21 juillet, la commission des lois l’a pourtant classée sans discussion. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat à l’automne.

C’est dans ce contexte que les organisations appellent à une grande marche nationale unitaire le dimanche 20 septembre 2026.

Près de 40 villes sont mobilisées à travers le pays : Paris, Marseille, Le Havre, Amiens, Nice, Bordeaux, Grenoble, Nantes, et bien d’autres. À Paris, rendez-vous est donné à 13h place de la République (14h pour le départ du cortège).

 

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Les familles de victimes appellent à marcher le 20 septembre

Samia El Khalfaoui prend la parole en premier. Depuis la mort de son neveu, elle mène ce combat pour faire changer la loi sur l’usage des armes par les forces de l’ordre.

Sa formule résume l’enjeu : il s’agit de refuser qu’une cible soit placée sur le dos des jeunes des quartiers populaires, car céder aujourd’hui pour eux, prévient-elle, c’est ouvrir la voie à ce que demain ce soit au tour des grévistes, des féministes, des syndicalistes.

Amal Bentounsi prend le relais, la voix posée mais tranchante. Elle salue d’abord Samia et les familles qui, année après année, continuent de porter ce combat, « au-delà de nos propres histoires, c’est l’histoire de tout le monde », insiste-t-elle, refusant que quiconque se dise que cela ne le concerne pas.

Elle retrace la genèse de son propre engagement, depuis la création de son collectif il y a presque quatorze ans après la mort de son frère Amine.

Elle rappelle qu’un premier texte, l’article 435-1 du Code de la sécurité intérieure, avait déjà ouvert la voie à un assouplissement de l’usage des armes.

Aujourd’hui, explique-t-elle, la nouvelle loi va plus loin encore : demain, un policier qui aura tiré pourra invoquer la présomption de légitime défense sans avoir à se justifier, et ce sera à la victime (ou à sa famille), d’apporter la preuve du contraire.

Elle évoque, glaçante, la sortie récente d’un policier municipal de Carcassonne qui avait été mis en cause après la publication d’un enregistrement audio de propos racistes, sexistes et complotistes, capté par sa caméra-piéton, en novembre 2025.

« Ce ne sera pas une énième marche, ce sera la marche pour le droit à la vie », martèle Amal, avant d’annoncer qu’elle y sera, malgré une jambe qui l’a fait souffrir. Elle conclut en remerciant Kery James pour sa fidélité, « l’un des seuls artistes qui tiennent bon et qui ne lâchent rien ».

Wissam prend ensuite la parole pour compléter. Il précise que la présomption de légitime défense ne concernera pas seulement les armes de poing, mais l’ensemble de la dotation des forces de l’ordre, y compris les lanceurs de balles de défense comme le LBD 40.

 

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Aujourd’hui, dit-il, un policier qui tire en manifestation évite d’invoquer l’article 435-1, parce qu’il n’y a pas intérêt : cela déclenche une enquête.

Avec la nouvelle loi, il aurait au contraire tout intérêt à s’en prévaloir, puisqu’il lui suffirait d’affirmer que la personne en face de lui représentait un danger pour éviter toute investigation.

Une arme, selon lui, de dissuasion massive contre la contestation, qui rendrait plus périlleuse encore la participation aux manifestations.

Il évoque aussi les difficultés à mobiliser les habitants des quartiers populaires marseillais, séparés du centre-ville par une fracture bien réelle, et le silence de nombreux artistes locaux sur le sujet, ce qui rend, dit-il, le soutien de Kery James d’autant plus précieux.

Il replace enfin le débat dans son contexte politique plus large : à quelques mois d’une élection présidentielle marquée par la menace d’un basculement vers l’extrême droite, cette loi, selon lui, ne sort pas de nulle part.

Il rappelle qu’une mesure similaire figurait déjà dans le programme du Rassemblement national en 2007, et avant cela dans celui de Jean-Marie Le Pen dans les années 2000.

Une loi, conclut-il, qu’il faut combattre collectivement, au-delà des histoires personnelles de chacun.

 

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Kery James apporte son soutien à la mobilisation

Autour du stand, la petite foule se resserre, entre applaudissements et visages graves. La séquence est brève, quelques minutes à peine entre deux passages de festivaliers, mais elle résume ce que porte cette marche : des familles qui refusent l’oubli, des associations qui tiennent le fil depuis des années, et, ce dimanche-là, la voix d’un artiste populaire venu dire, sans détour, qu’il sera dans la rue.

 

📅 Dimanche 20 septembre 2026
📍 13h, place de la République, Paris

Une mobilisation nationale est prévue le même jour dans près de 40 villes de France.

Affiche de la marche nationale « Non au permis de tuer », prévue le 20 septembre 2026.

 


Vos questions sur la marche contre le « permis de tuer »

Que prévoit la proposition de loi sur la légitime défense des forces de l’ordre ?

Elle instaure une présomption d’usage légitime de l’arme par les forces de l’ordre dans certaines conditions prévues par le texte.

Quand la proposition de loi a-t-elle été adoptée ?

Elle a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026.

Quand aura lieu la marche nationale ?

La mobilisation nationale est prévue le dimanche 20 septembre 2026. À Paris, le rendez-vous est fixé à 13h place de la République, pour un départ du cortège à 14h.

Combien de personnes ont signé la pétition contre le texte ?

La pétition a recueilli 732 086 signatures au total, selon le collectif à l’origine de la mobilisation.

Où le texte doit-il être examiné désormais ?

Après son adoption par l’Assemblée nationale, le texte a été transmis au Sénat le 7 juillet 2026.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.