Moi Président(e)…

Rania Kissi, juriste, militante des droits des enfants et conseillère de Paris depuis mars 2026, est porte-parole de Marine Tondelier, candidate des Écologistes à l’élection présidentielle de 2027. © Martin LELIEVRE / AFP
Juriste, militante des droits des enfants et conseillère de Paris depuis mars 2026, Rania Kissi, née à Oujda, est aussi porte-parole de Marine Tondelier, candidate à la présidentielle de 2027. Pour « Moi Présidente », elle défend une écologie populaire et veut en finir avec la Ve République.<
En bref
- Rania Kissi défend l’objectif de zéro enfant à la rue et une politique ambitieuse de protection de l’enfance.
- Elle propose de taxer les ultra-riches avec la taxe Zucman pour financer les services publics.
- Elle souhaite renforcer les sanctions contre les entreprises qui pratiquent des discriminations.
- Elle plaide pour une écologie populaire et un service public de la voiture électrique.
- Porte-parole de Marine Tondelier, elle souhaite en finir avec la Ve République et critique le recours au 49.3.
LCA : Quelle est la mesure la plus impopulaire que vous seriez prête à défendre si vous étiez candidate parce que vous la jugez indispensable pour rendre la France plus juste ?
Rania Kissi : Je ne sais pas si elle serait impopulaire mais ce serait d’avoir zéro enfant à la rue. Et cet objectif passe par une politique publique de l’enfance ambitieuse. Qui dit plus de services publics dit taxer les ultra-riches pour avoir plus de recettes, en instaurant la taxe Zucman. Il y a eu un gros loupé sous Emmanuel Macron car, lors des législatives de 2024, la gauche a gagné et c’est une mesure qu’elle portait. Ce qui signifie que le peuple de France la voulait puisque, a priori, la gauche est quand même sortie gagnante de ce combat électoral.
Cette taxe permettrait de financer un certain nombre de services publics et de faire notamment en sorte qu’aucun enfant ne dorme à la rue. En France, ils sont plus de 4 000 dans cette situation. Des familles qui étaient auparavant insérées se retrouvent également sans abri après avoir perdu leurs revenus. Les politiques d’austérité menées depuis dix ans ont précarisé nombre de personnes, notamment des mamans solo.
On a pris l’engagement électoral d’avoir zéro enfant à la rue à Paris. Donc, si on peut le faire à Paris, c’est qu’on peut le faire à l’échelle nationale.
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Les Français issus de l’immigration sont davantage confrontés au chômage, à la précarité ou aux discriminations. Comment y remédier ?
On lutte via une politique ambitieuse, avec plus de moyens, mais aussi de vraies sanctions pénales à l’encontre des entreprises qui pratiquent des discriminations. Ce qui est grave aujourd’hui, c’est que la personne victime de discrimination doit prouver ce qu’elle a subi. Il faudrait inverser la charge de la preuve. Je suis favorable à ce que ce soit à l’entreprise de prouver qu’elle n’a pas pratiqué de discrimination à l’égard du candidat ou de la candidate.
Autrement, c’est la double peine pour la personne concernée. On sait très bien que, dans le cadre d’une procédure, certains renoncent à cause des frais à engager ou de la difficulté à faire reconnaître leurs droits. Il faudrait changer notre arsenal juridique sur ce point.
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Quelle expérience récente vous a le plus confronté aux inégalités sociales en France ?
Il y en a eu tellement, mais je dirais que c’est au moment de mon entrée à l’université. On dit que l’université est gratuite, encore faut-il payer les frais d’inscription, même s’ils ne sont pas très élevés. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je n’avais pas les mêmes chances, ni les mêmes possibilités.
Il y a une forme d’orientation subie liée au milieu d’où on vient. Pour ma part, c’est celui de l’aide sociale à l’enfance, où on pousse les jeunes à aller vers un parcours plutôt qu’un autre. On ne peut pas parler de promesse républicaine, d’égalité des chances, quand on ne permet pas à toutes les personnes de concourir. Parce que je voulais aller à l’université je me suis retrouvée à dormir dehors, parce que je n’ai pas eu d’accompagnement et pas de suivi. C’est la pire des situations et c’est tellement injuste.
J’ai alors eu une telle rage que je n’ai plus jamais laissé les inégalités m’atteindre. Ma force de caractère m’a fait dire : « Plus personne ne va me bloquer ni me dire où aller ou ce que je dois faire ». J’avais compris que je n’étais pas traitée de la même manière qu’une autre personne qui demandait juste à étudier.
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Comment concilier urgence climatique et justice sociale ?
Rania Kissi : On doit concilier les deux. Si on ne vise pas une écologie populaire accessible à tout le monde, alors on a une écologie punitive. Et c’est toujours les mêmes qui vont en pâtir. C’est d’abord aux plus pauvres qu’on demandera plus d’efforts alors qu’on a des milliardaires qui voyagent encore en jet privé.
On a évoqué la taxe Zucman, qui permettrait aussi de financer une forme de transition écologique. Depuis quelques années, on a oublié d’utiliser le mot « punitif », parce que depuis quelque temps, toutes les politiques qu’on a pu mener, c’était surtout pour punir les pauvres.
D’ailleurs, les premières victimes de la crise climatique, les plus exposées, sont souvent les habitants des quartiers populaires. Aujourd’hui, si on n’est pas en capacité d’avoir une écologie qui soit à la fois populaire, dans l’idée d’avoir une justice sociale, ça ne mérite pas de dire qu’on est pour une justice climatique.
Prenons un exemple. On reproche souvent aux écolos d’être contre la voiture. C’est faux. Bien sûr qu’on est pour une voiture électrique qui ne pollue pas. La difficulté aujourd’hui, c’est que les Français ne peuvent pas se permettre d’acheter une voiture électrique à 20 000 euros. Si on n’a pas ces impensés-là, ça ne sert à rien de venir faire la morale aux Français. Des milliers d’entre eux ont besoin de leur voiture pour se déplacer. Tout le monde n’a pas le réseau parisien.
Aujourd’hui, nous demandons une sorte de service public de la voiture électrique. L’idée serait que l’État achète un parc automobile, comme il l’a fait avec les HLM il y a des années, et qu’il puisse, sur dix ans, constituer un parc d’à peu près un million de voitures. On les mettrait à disposition des personnes les plus précaires.
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Quel livre, quel film, quelle rencontre ou quel voyage a le plus changé votre regard sur la France ?
J’avais 10 ans et j’apprenais le français. Quand je suis arrivée du Maroc, je ne le parlais pas du tout. J’ai eu de la chance de croiser sur ma route une prof qui après l’école m’aidait à progresser. Elle m’a acheté des livres avec ses propres deniers, parce que je n’avais pas d’argent. Le premier livre qu’elle m’avait offert, c’était Le Château de ma mère. Je m’y suis attachée parce qu’il y avait le mot « ma mère » et que la mienne était restée au Maroc. Dix-neuf ans plus tard, force est de constater que c’est le livre de ma vie.
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Quelle règle du jeu démocratique changeriez-vous en priorité ?
Il y en a plusieurs. Je suis même favorable à ce qu’on en termine avec la Ve République.
Il y a un article de la constitution qui a fait beaucoup de mal ces dix dernières années. Je crois que c’est pour ça que les Français en ont marre de toutes ces politiques. Le 49.3 est la disposition la plus antidémocratique qui existe. Comment convaincre les gens de voter quand des lois sont passées au forceps avec le 49.3 ? Cet article nous décrédibilise et nous fait beaucoup de mal. Il a été utilisé six fois juste pour la réforme des retraites.
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Vos questions sur Rania Kissi
Qui est Rania Kissi ?
Rania Kissi est juriste, militante des droits des enfants, conseillère de Paris depuis mars 2026 et porte-parole de Marine Tondelier, candidate à la présidentielle de 2027.
Que propose-t-elle pour lutter contre la précarité des enfants ?
Elle défend l’objectif de zéro enfant à la rue et une politique publique ambitieuse de l’enfance, financée notamment par une taxation des ultra-riches.
Comment veut-elle lutter contre les discriminations à l’embauche ?
Elle propose de renforcer les sanctions pénales contre les entreprises discriminantes et souhaite inverser la charge de la preuve.
Que signifie pour elle une écologie populaire ?
Elle défend une transition écologique conciliant justice sociale et urgence climatique, sans faire peser les efforts principalement sur les ménages les plus modestes.
Pourquoi critique-t-elle le recours au 49.3 ?
Elle juge cette disposition antidémocratique et estime que le recours au 49.3 pour faire adopter des lois affaiblit la confiance dans les institutions.
