Notre journaliste Nadir Dendoune couvre les championnats d’athlétisme à Budapest. Il découvre un athlète palestinien, Mohammed Dwedar qui courrait le 800 m hommes
Quand l’athlète palestinien Mohammed Dwedar arrive ce mardi 22 août vers 20.05, en zone mixte – en dessous des tribunes des spectateurs, les journalistes attendent ici la fin des courses pour interviewer les athlètes à la fin de leur course – personne ne prête attention à lui. Les collègues sont occupés à interroger l’Algérien Slimane Moula ou le Français Yanis Meziane, tous les deux qualifiés pour les demi-finales sur 800m. Mohammed Dwedar semble surpris qu’un journaliste français veuille lui parler. Il était dans la dernière série du 800m, celle de Meziane. Il a fini 9e, bon dernier. Malgré son élimination, il n’est pas déçu de sa prestation.
« Ce sont mes premiers championnats du monde et j’ai amélioré mon record », précise-t-il dans un parfait anglais. Ce mardi, il a couru 1.55.49 pour le double tour améliorant sa précédente marque d’une demie seconde (1.56.06) réalisée le 15 juillet dernier à Bangkok aux Championnats asiatiques. Pas mal pour un athlète qui a débuté le 800m il y a seulement un an.
Malgré tous ses efforts et son abnégation, Mohammed Dwedar ne sera sans doute jamais champion du monde mais l’important est ailleurs pour lui. « Ma présence ici est déjà une réussite. J’ai représenté la Palestine dans un grand championnat », scande-t-il fièrement.
Mohammed Dwedar a grandi à Jéricho, dans la plus vieille ville du monde. Il y vit toujours. Dans sa série, tous les athlètes qu’il a affrontés sont professionnels. Ils s’entraînent dans des conditions optimales. Pas lui. « J’ai commencé à courir très jeune, j’ai toujours aimé ça, mais où je vis, il y a des stades de football mais en athlétisme, il n’y a rien. Pas de piste synthétique, pas de forêts ou de parcs pour pouvoir s’entraîner normalement. J’ai toujours couru sur des cailloux. », dit-il naturellement, sans animosité. Pour progresser, Mohammed Dwedar devrait s’entraîner à l’étranger, et se confronter à d’autres athlètes, mais pour ça il lui faudrait de l’argent, des sponsors et surtout obtenir l’aval des autorités israéliennes. Même avec un visa étranger en poche, au final, ce sont toujours elles qui délivrent les autorisations de sortie du territoire pour les Palestiniens.
Mohammed Dwedar a déjà participé aux Jeux Arabes cette année à Alger le 7 juillet dernier et aux Jeux mondiaux universitaires d’été 2023 à Chengdu (Chine) un mois plus tard, le 4 août, mais c’était la première fois qu’il vient en Europe disputer une course de ce niveau.
« Le stade était plein. J’ai vécu un super moment. Je cours pour donner de l’espoir et du bonheur aux Palestiniens qui vivent sous occupation israélienne et attendent leur Etat depuis plus de 70 ans », martèle-t-il.
De l’espoir et du bonheur, il en donne aussi beaucoup aux Palestiniens de Budapest venus en masse l’encourager. Ils sont une bonne quarantaine dans le stade regroupés tous au même endroit. Avec eux, il y a aussi des Syriens et quelques Koweïtiens. Tous habitent la capitale hongroise.
Fatima, 20 ans est née à Budapest. Ses parents, présents également, sont Palestiniens, originaires d’Haifa.
« Je ne suis jamais en Palestine. Je rêve un jour pouvoir fouler la terre de mes ancêtres, dit-elle émue. Mohammed Dwedar est une fierté pour la Palestine. On était obligés de venir ». Dès l’annonce du nom par le speaker de leur athlète favori, les fans s’activent, se lèvent, crient leurs encouragements en arabe et brandissent les drapeaux de la Palestine.
La sœur de Fatima, Marwa, 12 ans, fait résonner son vuvuzela.
Assis quelques rangs plus bas, Walid, 22 ans : « A chaque fois, qu’un athlète arabe court, nous sommes derrière lui. Quand il n’y en a pas, nous encourageons les sportifs hongrois avec la même force. C’est normal : nous sommes nés ici ».
Mohammed Dwedar repart dans quelques jours en Palestine. Il va reprendre l’entraînement et va tout faire pour être aux JO l’année prochaine. Je l’informe qu’il sera accueilli comme un frère à Paris, le peuple français est toujours avec la Palestine.
Mohammed Dwedar quitte seul la zone mixte dans l’anonymat le plus total. Même pas accompagné d’un attaché de presse de sa fédération, comme c’est l’usage pour les autres athlètes.
Nadir Dendoune
Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.
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