Orientaliser la mondialisation

 Orientaliser la mondialisation

Mohamed El ouahdoudi


S’il y a une leçon à tirer de la crise sanitaire mondiale c’est bien celle-ci : avec le confinement des USA, les chamailleries des Européens, la Chine et avec elle l’ensemble asiatique s’est imposée comme une force mondiale exemplaire. L’orientalisation de la mondialisation est désormais en marche. 


Ne comptant que sur ses propres forces, la Chine a pris toutes les mesures pour protéger sa population, et a alerté dès la première semaine de la catastrophe sanitaire les services de l’OMS, et les scientifiques spécialisés du monde entier.


Qui n’a pas constaté un certain racisme occidental, partagé par les élites africaines, qui s’est érigé, sous la direction d’un Trump qui insistait quand il le pouvait sur le « virus chinois » ? Le danger a été sous-estimé parce qu’il venait des « Chinois », qui restent des peuplades mangeant « tout ce qui marche sur quatre pattes ».


En quelques semaines la donne a changé : la Chine a pris le contrôle de l’épidémie. Devenue pandémie, la crise a pris de court les plus grandes puissances européennes, puis américaines. Petit à petit le monde prenait conscience du miracle chinois : une population de plus d’un milliard et trois cent millions de personnes disciplinées, solidaires, utilisant les technologies les plus avancées pour protéger, soigner et reprendre après quelques semaines, une activité quasi normale.


Les résultats sont là. La population chinoise est hors de danger, les usines et les centres urbains ont repris leurs activités. Les technologies chinoises s’exportent dans le monde entier pour aider les pays. Des équipes médicales chinoises se déplacent en Italie pour assistance à personnes en danger. Plus de soixante pays dans le monde bénéficient de cette aide. Le PDG de Ali Baba, tout comme Huawei se sont mobilisés pour le continent africain, aucun milliardaire européen ou américain n’a manifesté pareille solidarité. Clin d’œil de l’histoire, Cuba, ce paria communiste, comme la Chine, confiné par les USA, depuis soixante ans, vole au secours de l’Italie, en envoyant des spécialistes. Et un message contredisant les propagandes, occidentales, cette fois-ci.


Pendant ce temps, l’Europe connait des situations dignes du Moyen Âge : un pays européen vole des cargaisons humanitaires envoyées par la Chine à un autre pays européen. Un autre grand pays européen refuse de livrer des masques à son voisin. Un éminent spécialiste à Marseille à l’origine d’une solution médicale se voit menacé de mort par un médecin du nord de la France, par jalousie.


Heureusement que l’Union européenne se mobilisait dès les prémisses de la pandémie pour limiter les dégâts économiques qui commencent à fissurer la maison commune. Les dirigeants européens n’ont pas été à la hauteur de l’Europe, dont ils ne cessent de vanter les mérites dans leurs meeting politiques. Les fonctionnaires et les responsables de l’UE à Bruxelles prennent des initiatives pour sauver ce qui peut l’être. Comment faire collaborer des dirigeants obnubilés par leurs préoccupations nationales ?


Fait sans précédent, en Italie, le drapeau européen est baissé, remplacé par celui de la Chine ! En signe de reconnaissance pour ce pays qui s’est mobilisé aux côtés des Italiens, au moment où les pays voisins fermaient leurs frontières, et se concentraient sur leurs propres maux.


L’avenir nous le dira. Ma conviction est qu’au lieu de critiquer l’Europe, au contraire il faut la renforcer, de l’intérieur, et mettre en place des mécanismes de solidarité coordonnés au niveau européen. Le fameux gouvernement européen, décrié ici et là, trouve sa légitimité dans le contexte mondial que nous partageons.


La mondialisation s’est orientalisée. Les valeurs chinoises et asiatiques prouvent leur efficacité. La supériorité technologique, la modestie dans les relations avec les autres, le respect de la diversité, le travail comme ciment de la société… L’Occident, et l’Europe en particulier  ne peut plus se contenter de quelques doses de boudhisme, de manger de temps en temps asiatique, c’est une profonde relation qui doit être bâtie avec la Chine pour offrir au monde une alternative à l’idéologie guerrière des USA, que Trump paradoxalement a commencé à démanteler.


Europe-Afrique-Chine : tel est le trio gagnant qui pourra offrir au monde une nouvelle dimension dans les échanges internationaux. Faisons confiance à la sagesse chinoise pour que soient maitrisés les risques sanitaires et climatiques. L’interdiction du négoce des animaux sauvages va couper l’herbe sous les pieds des trafiquants africains et chinois. L’essor du télétravail et de la digitalisation vont peut-être limiter les déplacements polluants. La liberté d’expression, ce concept universel à défendre sous tous les cieux, doit s’harmoniser avec la nécessaire discipline collective pour préserver notre précieuse planète terre.


En tant que président de l’AREEA (Association des réseaux économiques Europe Afrique) et fondateur de la Convention Europe Afrique, je m’engage dès la prochaine édition, à Toulouse, à intégrer cette approche de la mondialisation orientalisée, avec l’espoir de convaincre les entreprises européennes, et en particulier françaises, d’ouvrir un nouveau front de coopération avec leurs homologues chinoises, pour contribuer à l’émergence du continent africain, et anticiper l’arrivée d’un milliard d’humains supplémentaires à horizon de trente ans.

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