Aulnay-Sous-Bois. Deux mois après sa mort, Yacine, décédé dans des conditions obscures, n’a toujours pas été enterré

 Aulnay-Sous-Bois. Deux mois après sa mort, Yacine, décédé dans des conditions obscures, n’a toujours pas été enterré

Manifestation des proches de Yacine


Déterminé. Depuis deux mois, le comité Vérité pour Yacine ne lâche rien. Un combat qui a fini par payer. "Grâce à notre détermination, on a obtenu la requalification en homicide volontaire et pu consulter le second rapport d'autopsie", se félicite Bilel, le frère du défunt. 


Le corps de Yacine, apprenti-chauffeur de 24 ans, avait été retrouvé dans la cave d’un immeuble du quartier Savigny à Aulnay-Sous-Bois (93), où habite sa famille, le pantalon baissé, une barre de fer à ses côtés, avec un fort taux de cocaïne dans le sang.


Pour le parquet, au vu des éléments, il s’agissait d’un homicide involontaire mais la famille du défunt n’a jamais cru à la version officielle de la mort accidentelle par overdose.


"Pour la police, la cause de la mort est une overdose. Pour elle, Yacine ne présentait qu’une éraflure sur la tête, et des éraflures sur les mains", raconte Bilel. "En voyant le corps, nous nous rendons compte que Yacine ne présente pas uniquement "une égratignure" mais de multiples hématomes et contusions sur l’ensemble du visage", continue Bilel qui décide alors de se rendre au commissariat pour porter plainte.


 "Il a fallu que je m'y reprenne à quatre reprises pour qu'on accepte ma plainte", souffle dépité Bilel. Nous sommes alors le 23 septembre, neuf jours après la mort de Yacine. Le procureur décide de ne pas donner suite à cette plainte, mais il en faut plus à Bilel et aux siens pour se décourager. 

Plusieurs rassemblements sont alors organisés à Paris, Place Vendôme devant le ministère de la Justice ou à Bobigny, devant le Tribunal pour maintenir la pression.

Une mobilisation qui portera ses fruits. "Sans elle, la justice n'aurait pas donné suite", confirme Bilel.  


Lundi 9 octobre, plus de trois semaines après le drame, une information judiciaire est enfin ouverte pour homicide involontaire. Un juge d’instruction est nommé pour faire toute la lumière sur cette affaire.


Les jours passent et les proches de Yacine demandent à avoir accès au second rapport d'autopsie. La famille se bat aussi pour obtenir une requalification en homicide volontaire.


Mardi 14 novembre, les proches de Yacine obtiennent enfin gain de cause. "Nous savons que nous avons gagné une première bataille mais le plus dur reste à faire. Nous irons jusqu'au bout pour connaître toute la vérité", promet Bilel.  Deux mois après sa mort, Yacine, jeune garçon de 24 ans, décédé dans des conditions obscures, n'a toujours pas été enterré.


Nadir Dendoune


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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.