Île-Saint-Denis : Une mère condamnée pour avoir retenu sa fille en Thaïlande

 Île-Saint-Denis : Une mère condamnée pour avoir retenu sa fille en Thaïlande

Rabah Bouaiche, de l’Île-Saint-Denis, et sa fille Mélissa

Le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné, le 4 septembre 2024, Nongnooch L., une mère thaïlandaise de 33 ans, à huit mois de prison avec sursis. Elle devra également verser plus de 6 500 euros de dommages et intérêts au père et à l’enfant. Accusée de rétention de sa fille Mélissa, âgée de 8 ans, en Thaïlande contre la volonté de son père, Rabah Bouaiche, elle a également été reconnue coupable de menaces de mort à l’encontre de son compagnon.

 

L’affaire débute en juillet 2023 (voir nos éditions). Rabah Bouaiche, habitant de l’Île-Saint-Denis, reçoit un appel inattendu de sa femme, partie en Thaïlande avec leur fille pour des vacances. « Elle m’a dit qu’elle avait décidé de confier Mélissa à sa grand-mère et de la scolariser là-bas, pensant que notre fille aurait un meilleur avenir en Thaïlande », racontait-il au Courrier de l’Atlas. Cette annonce est brutale et incompréhensible pour lui.

En quelques jours, Rabah voit son quotidien bouleversé. Malgré ses tentatives pour raisonner sa femme et ramener Mélissa en France, il fait face à un mur. Après avoir porté plainte pour soustraction de mineur le 9 août 2023, il engage une bataille juridique et diplomatique acharnée, sans succès immédiat. Mélissa se retrouve loin de ses repères, dans un pays étranger.

En septembre 2023, désespéré, Rabah prend l’avion pour la Thaïlande, espérant résoudre la situation à l’amiable, mais il se heurte à l’intransigeance de sa belle-famille. « La grand-mère de Mélissa a refusé que je la voie », confiait-il avec émotion.

Malgré ses démarches auprès des autorités locales, il ne parvient pas à retrouver sa fille. Pendant ce temps, son épouse rentre en France pour travailler, sans intention apparente de ramener Mélissa. Faute de moyens, le couple est contraint de cohabiter, plongeant Rabah dans un profond désarroi. « J’ai dû vivre avec mon bourreau », déplorait-t-il, soulignant l’indifférence de son épouse face à la séparation avec leur fille.

En décembre 2023, le tribunal des affaires familiales accorde à Rabah l’autorité parentale exclusive et interdit à la mère de sortir Mélissa du territoire français sans son accord. La fillette est inscrite au fichier des personnes recherchées (FPR), une première victoire pour Rabah.

La situation se débloque réellement en mars dernier, lorsque sa femme est placée en garde à vue pendant 48 heures pour menaces de mort et soustraction d’enfants. Elle est depuis placée sous contrôle judiciaire, avec un passeport confisqué, l’obligeant à se présenter tous les jours au commissariat de Saint-Denis et à éviter tout contact avec Rabah.

 

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Face à cette pression judiciaire, la belle-famille thaïlandaise accepte finalement de rendre Mélissa, espérant ainsi que la mère évitera la prison. Lors de l’audience au tribunal de Bobigny le 4 septembre dernier, la mère de Mélissa soutient avoir agi en accord avec son mari, affirmant qu’il était d’accord pour que leur fille reste en Thaïlande. Une version catégoriquement démentie par Rabah :

« Il était d’accord au début, mais il a changé d’avis après », tente-t-elle de justifier devant la juge, qui peine à suivre ses explications confuses. La présidente du tribunal souligne également des contradictions dans ses propos. Lorsqu’elle lui demande si Rabah était d’accord pour scolariser leur fille en Thaïlande, la prévenue finit par reconnaître qu’aucun projet de ce type n’avait été discuté. « Elle était inscrite à l’école en France », rappelle la juge, interloquée par l’attitude de la mère.

Il est également révélé que la mère a menacé de mort son mari par SMS en novembre 2023, évoquant même l’idée de payer quelqu’un pour l’assassiner. Interrogée à ce sujet, la prévenue se contente de répondre : « Parce qu’on n’était pas d’accord ». La juge, outrée, rétorque : « Cela vous donne-t-il le droit d’envoyer des menaces de mort ? »

Bien que Rabah Bouaiche ait remporté une première bataille juridique, son père souligne que Mélissa présente des signes de traumatisme depuis son retour en France. « Quand sa mère a voulu l’enlacer, Mélissa n’a pas voulu », confie-t-il, visiblement ému. Une procédure de divorce est en cours, et Rabah espère que cette décision de justice marquera un tournant dans leur quête de stabilité.

Cette affaire met en lumière la complexité des enlèvements parentaux, souvent méconnus du grand public, mais touchant des centaines de familles chaque année. En 2022, l’association SOS Enfants Disparus a recensé 544 signalements d’enlèvements parentaux en France, un chiffre probablement sous-estimé, car de nombreux parents peinent à faire inscrire leurs enfants sur le fichier des personnes recherchées.

Rabah Bouaiche, quant à lui, continue de se battre pour reconstruire une vie normale avec Mélissa. « Je ne demande qu’une chose : que ma fille retrouve la sérénité qu’elle avait avant tout ça. »

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.