Hommage à Amar Daboussi, homme de médias

 Hommage à Amar Daboussi, homme de médias

crédit photo : Radio Soleil


Journaliste, militant associatif, fondateur de Radio Soleil, défenseur de la cause des immigrés, Abdelmajid Daboussi s’est éteint le 10 septembre dernier des suites d’une longue maladie. Au travers de différents témoignages, le “Courrier de l’Atlas” lui rend hommage et présente ses plus sincères condoléances à son épouse Lorraine, sa fille Anissa, son fils Ilias, ainsi qu’au personnel de Radio Soleil.


 


TAREK MAMI, président de Radio France Maghreb


Abdelmajid Daboussi était un militant associatif infatigable. Dans les années 1970, nous étions tous les deux des étudiants titulaires du bac, alors que la plupart des ouvriers qui venaient en France étaient sans diplôme, sans statut. Il se faisait appeler “Amar”, son nom de guerre. Il a participé à l’organisation de la grève de 1974, afin que les ouvriers cessent de payer pour les habitations insalubres de la Sonacotra. Il avait une vision républicaine d’égalité. D’ailleurs, avant 1983, les immigrés n’avaient pas le droit d’être membre d’une association ou d’en être président, et quand François Mitterrand a retiré cette condition, on a sauté sur l’occasion.


Très vite, il est apparu qu’il fallait communiquer avec les travailleurs maghrébins. Abdelmajid Daboussi a alors participé, avec le regretté Saïd Bouziri (ex-trésorier national de la Ligue des droits de l’homme, ndlr), à la création et au lancement des magazines Sans Frontières, en 1974, puis Baraka dans les années 1980. C’est d’ailleurs à ce moment que sont nées les radios libres. Je me souviens que j’écoutais FIP sur les ondes quand soudain, j’ai entendu Oum Kalthoum à la radio. Abdelmajid et quelques autres avaient lancé Radio Soleil à Barbès. Une demi-heure plus tard, j’étais chez eux et le responsable m’a mis derrière les manettes. Sa ­démarche était plus intellectuelle que mercantile.


Je l’ai toujours appelé “mon adversaire complice”. On bataillait entre nous pour obtenir de nouvelles fréquences, toujours ravi que l’un l’ait obtenue. On était d’accord sur les objectifs mais jamais sur les moyens. On ne pouvait pas en vouloir à Abdelmajid. Il avait un cœur blanc, ne disait jamais des choses qui blessent. C’était aussi un homme simple qui ne changeait pas de comportement avec ses interlocuteurs, qu’ils soient ouvriers, présidents ou cerbères de régimes d’oppression.


 


EMMANUEL BOUTTERIN, Directeur et fondateur du syndicat national des radios libres


Il a contribué à écrire une page d’histoire de la diversité de la radiodiffusion en France, avec cette parti­cularité qui le caractérisait : un profond respect des ­valeurs de la République. Ce militant de la radio fut d’abord un précurseur. Il a ensuite accompagné la notion de diversité sur les ondes, en particulier pour la radio associative en France, qui représente un quart des fréquences dans le pays. Il dégageait une sérénité qui en fait aujourd’hui un modèle.


 


YASSIR GUELZIM, Courrier de l'Atlas


Il est des hommes qui vous lancent dans le métier. Amar en faisait partie dans mon cas. Nous étions en 1999 et le jeune journaliste que j’étais cherchait à ­travailler en radio. Par l’intermédiaire de mon ami, ­Abdelilah Salhi, qui animait une émission en arabe sur Radio Soleil, j’ai fait sa connaissance. Très vite, il m’a demandé d’animer une émission politique le vendredi. Nous l’avons baptisée Autrement dit.


Je garde en mémoire, dans les locaux exigus de la rue d’Avron, les arrivées de Philippe Séguin ou d’Aurélie ­Filippetti, les chroniques de Mathieu Vervisch ou de ­Nicolas Mazières et les collègues passés par ses ondes (Karim Bourtel, Maguy Day, etc..). Il avait accepté aussi que quelques jeunes journalistes talentueux (Nabil Wakim, Karim Rissouli, Marc de Chalvron…) animent une émission sur ses ondes. Il aimait lancer les jeunes sans jamais les censurer. Durant les trois ans où nous avons travaillé ensemble, il n’a jamais demandé à voir les conducteurs. Homme libre, il a fait de sa radio libre un espace d’expression libre.


MAGAZINE OCTOBRE 2017

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.