Jamal Lansari : “On va assister à une explosion de la création artistique au Maroc”

 Jamal Lansari : “On va assister à une explosion de la création artistique au Maroc”

Crédit photo : Pascal Avenet


Directeur d’un centre culturel près de Tours, cet artiste matiériste décoré par la République française se sent toujours très proche de son pays d’origine. Il a monté un réseau d’artistes marocains vivant à l’étranger. 


Vous avez eu le goût de l’art très jeune ?


Oui, je pratique la peinture depuis mon plus jeune âge. L’école coranique m’a influencé pour le côté technique, la manipulation des matières, la calligraphie. Cela m’a marqué pour le reste de ma vie. En 1979, alors que je passais mon baccalauréat, je peignais dans un atelier de fortune. J’ai organisé ma première exposition à la maison des jeunes d’Azrou, dans le Moyen Atlas.


 


Vous avez ensuite quitté le Maroc pour la France…


Effectivement, je voulais d’abord être professeur d’arts plastiques, mais j’ai échoué au concours d’entrée aux Beaux-Arts, ce que j’ai considéré comme une injustice. Je me suis alors dirigé vers la philosophie à l’université de Fès. J’y suis resté quatre ans, tout en continuant à accumuler des prix pour mes œuvres. Je trouvais qu’il n’y avait pas assez d’ouverture pour les artistes plasticiens au Maroc, alors je suis allé étudier l’art à Tours.


 


Après ces cinq années d’études, vous avez intégré brièvement la Sorbonne avant de vous lancer sur le marché du travail.


Il était temps de travailler sérieusement ! Je suis devenu enseignant dans les écoles, puis j’ai obtenu un poste de directeur artistique dans une maison des jeunes et de la culture à Joué-lès-Tours. J’étais en charge de la programmation, des expositions, des spectacles. Ma création, Le Voyageur assis sur sa chaise, dont le contenu s’inspire de tous les pays du monde, m’a apporté une vraie reconnaissance, qui s’est traduite par de nombreuses résidences à l’international (Montana, Pérouse, Singapour, Séoul…).


 


Vous avez été nommé directeur des Affaires culturelles de Joué-lès-Tours avant de prendre en main le centre culturel Espace Malraux de la ville. Une belle ascension !


J’ai été très touché. Etre nommé directeur des Affaires culturelles de la ville, un 14 juillet, avec les honneurs, m’a laissé un souvenir impérissable. J’étais fier qu’un Marocain puisse occuper un tel poste ! Quand on m’a confié les rênes du centre culturel, j’avais un budget de 4 millions d’euros à gérer, ce n’est pas rien ! J’ai ­programmé de grands artistes (Idir, Smaïn…), puis j’ai obtenu la ­médaille de chevalier de l’ordre national du Mérite.


 


Connu et reconnu en France, vous avez exposé pour la première fois au Maroc en 2014.


En effet, mon exposition s’intitulait “Les Oiseaux de la liberté”. En tant que Marocain de France, je me suis senti un peu à l’écart et j’ai compris la frustration de certains. J’ai pris contact avec le ministère des MRE et j’ai décidé de créer un réseau d’artistes marocains de l’étranger. Peut-être qu’un projet né de cette réunion se concrétisera. Ce qui est certain, c’est qu’on va assister à une explosion de la création artistique au ­Maroc et j’aimerais y participer. J’espère aussi avoir la chance un jour de représenter mon pays à l’étranger. 


MAGAZINE SEPTEMBRE 2017

Jonathan Ardines