Pour mieux supporter la chimiothérapie, Setti Benchehida crée « Mon bandô »

 Pour mieux supporter la chimiothérapie, Setti Benchehida crée « Mon bandô »

Setti Benchehida, fondatrice de l’entreprise “Mon bandô”.

En mai 2021, la Toulousaine Setti Benchehida apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein et qu’il va falloir qu’elle subisse des traitements de chimiothérapie. Elle perd alors ses cheveux. Parce qu’elle vit mal cette situation, la quarantenaire crée, avec l’aide d’une perruquière, un bandeau sur lequel sont tissés ses propres cheveux. Une « parade » qui lui a permis le temps de la maladie de continuer à vivre comme si de rien n’était. Depuis, avec son compagnon, elle a créé son entreprise « Mon Bandô », pour que son expérience serve au plus grand nombre. Rencontre. 

LCDL : Comment vous est venue l’idée de ce bandeau ? 

Setti Benchehida  : Avant de commencer la chimiothérapie, j’étais persuadée que mes cheveux ne tomberaient pas. D’ailleurs, il a fallu attendre la troisième semaine de traitement pour que ce soit le cas. Et ce fut un choc terrible. Presque aussi dur que d’apprendre que j’avais le cancer. Avant de ne plus avoir rien sur la tête, je suis allée voir une perruquière pour lui demander qu’elle me coupe les cheveux afin d’en faire un bandeau avec. 

Pourquoi était-ce si important pour vous de faire ce bandeau ? 

Chez les femmes, garder ses cheveux, c’est primordial. Quand une femme perd ses cheveux, la maladie se voit tout de suite. Le regard des autres est alors terrible : ils voient notre « faiblesse ». Ce bandeau m’a permis d’abord de conserver ma féminité. Sans lui, je voyais quelqu’un d’autre dans le miroir. 

Grâce à lui, je pouvais sortir entre les traitements. J’oubliais alors un peu la maladie. C’était indispensable pour retrouver de l’énergie et pouvoir se battre contre mon cancer. J’ai même pu partir en vacances. Je portais une casquette sur le bandeau.  Parfois, des gens me complimentaient sur mon look, sans savoir que j’avais le cancer…

Vous dites aussi que d’avoir créé ce bandeau a été un moyen de protéger votre entourage…

Oui. Un jour, avec mon compagnon, on est parti à Montpellier chez mon petit frère. On a passé une superbe après-midi. Le soir, j’enlève mon bandeau. C’est à ce moment que mon frère se rend vraiment compte de ma maladie. Pourtant, il savait que j’avais le cancer mais de me voir sans les cheveux, ça lui a fait prendre conscience de ce que je vivais au quotidien. Il m’a avoué par la suite qu’il n’en avait pas dormi de la nuit. Me voir sans cheveux lui avait cassé le moral. Depuis, je fais attention quand je retire le bandeau. J’ai tout fait pour rester dans des énergies positives. Quand on est mieux psychologiquement, on est mieux armé pour combattre la maladie. 

Pourquoi avoir décidé de créer une entreprise par la suite ? 

Au début, j’avais fabriqué ce bandeau juste pour moi. Mais un jour, dans une salle d’attente d’un hôpital, une autre patiente qui venait comme moi « faire sa chimio » m’a dit : « Tu as de la chance, tu ne perds pas tes cheveux, toi ! ». J’ai alors soulevé mon foulard pour lui montrer mon bandeau. Et elle a voulu en avoir un pour elle. Sans le savoir, cette patiente a été ma première cliente.

J’ai donc décidé de créer l’entreprise « Mon bandô », pour faire connaître au plus grand nombre ce bandeau. Et depuis, je n’ai que de bons retours. Une dame m’a dit que ce bandeau l’avait aidée à traverser cette épreuve et à retrouver le moral. Avant, elle n’osait pas sortir de chez elle, même pour aller rendre visite à ses petits enfants. Encore et toujours le regard des autres… 

Le coût du bandeau est assez important…

Oui, à ce jour, il est vendu 590 euros. C’est un budget. Mais cela reste moins cher qu’une perruque et plus discret. Produire ce bandeau coûte déjà 350 euros auxquels il faut ajouter le coût du tissu, les frais de communication, de livraison. Nous avons également engagé une personne qui s’occupe du site web. L’idée pour nous, c’est de ne pas perdre de l’argent.

Ce bandeau est fabriqué à la main. Un véritable travail d’orfèvre qui dure plus de six heures. Chaque cheveux est monté sur un « métier » à trois fils. Le bandeau est agréable à porter. Il ne surchauffe pas la tête. Contrairement à la perruque, il ne procure pas de démangeaisons sur votre cuir chevelu, ce qui peut devenir rapidement une gêne au quotidien. Facile à entretenir, il est également plus résistant que des perruques synthétiques traditionnelles. 

Avez-vous pensé à un partenariat avec l’assurance maladie ? 

Bien sûr. Nous avons pris contact avec la Sécurité sociale. Elle nous a répondu que c’était une formidable idée et qu’il était possible avec ce bandeau, d’obtenir pour les assurées une aide. Problème : le « Barème prothèse capillaire » proposé par la Sécu ne doit pas dépasser les 125 euros. Mais tout n’est pas perdu : nous sommes actuellement en cours de discussion avec une mutuelle qui pourrait prendre en charge la totalité du coût. 

 

Pour plus d’informations, vous pouvez visiter le site :

Mon Bandô – Création de bandeaux de cheveux

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.