Mantes-La-Jolie : Dahbia Kherfi, 86 ans, légende du Val Fourré s’en est allée

 Mantes-La-Jolie : Dahbia Kherfi, 86 ans, légende du Val Fourré s’en est allée


Une star s’est éteinte. Inconnue du grand public, Dahbia Kherfi, 86 ans était une figure incontournable du quartier du Val Fourré à Mantes-La-Jolie (78). Elle est décédée dimanche 19 janvier. Maman courage de 7 enfants, 4 garçons, 3 filles, Madame Kherfi vivait depuis 1967 dans le même appartement. 


Originaire de Tizibrahme, un village kabyle situé au dessus de Béjaïa, Madame Kherfi perd sa maman à l’âge de 5 ans. Alors que l'Algérie est française, elle travaille dès l'âge de 12 ans chez une famille juive. En 1954, elle arrive en région parisienne. « Avant qu'on obtienne un F5 au Val Fourré, nous avons vécu dans un logement insalubre de Triel-sur-Seine », se remémore son fils Lakdar, 60 ans. Madame Kherfi fut l’une des premières mamans du quartier à obtenir le permis en 1960. « Ma mère savait lire et un peu écrire. Je me souviens d’elle dans la 404 Peugeot, mon père à ses côtés. On riait souvent. La 404 était toujours pleine. Ma mère déposait les femmes du quartier dans les fêtes et dans les mariages », témoigne Lakdar. 


« C’était une femme très engagée et très active », insiste-t-il. « Notre maman nous inspirait. Nous, ses enfants, nous sommes devenus de fait des militants. A chaque fête que nous organisions, les mamans du quartier faisaient le couscous. Il y avait souvent plus de monde dans la cuisine que dans la salle ! », plaisante-t-il. « Nous n’avons jamais eu besoin de traiteurs ».


Mère au foyer, Madame Kherfi a eu son petit moment de gloire. Les frères Kherfi sont amis avec le chanteur Manu Chao. En 1998, le musicien sans frontières tourne « Clandestino ». Madame Kherfi fait alors une apparition dans son clip. « Sa seule et unique fiche de paie », pointe Lakdar. 


Madame Kherfi s’est occupée des siens. L’un de ses fils, Yazid, « le plus connu de la famille », fut l’un des hommes les plus recherchés de France. En 1981, il est en cavale après un braquage. Aujourd’hui, Yazid Kherfi, l’auteur du très remarqué « repris de justesse » enseigne à la fac de Nanterre (Hauts-de-Seine). Il a pris une belle revanche sur la vie : il forme des éducateurs, des enseignants, des policiers… « Pendant cette période difficile, ma mère a tenu le cap. Elle ne l’a jamais lâché. C’est aussi grâce à elle que Yazid est remonté. Quoi qu’il arrive, elle aimait ses enfants. De sa naissance jusqu'à son dernier souffle, elle n'a jamais changé. Elle est un exemple à suivre. Elle aimait ses enfants comme une lionne aime ses petits », conclut avec fierté Lakdar.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.