Ultras au football : La culture du maillot des supporters

 Ultras au football : La culture du maillot des supporters

ultras de Marseille (copyright La Générale de Production / Arte)

Hooliganisme, extrémisme politique et violences… Voici les mots qui reviennent quand on évoque les ultras dans le football. Et pourtant, la websérie “Tribunes Libres, la culture ultra” diffusée sur France Tv Slash et le site web d’Arte, donne une autre vision de ses passionnés, d’engagés militants et de leurs esprits de solidarité.

La dernière Ligue des Champions, animée par des enregistrements, a montré à quel point un match sans ambiance manque cruellement de saveurs. Derrière les équipes mythiques en France (Saint-Etienne, Lens, Marseille) ou à l’étranger (Liverpool, Shakhtar Donetsk), se cachent des milliers d’hommes et femmes qui font vivre cette culture de club, ce sentiment d’appartenance à une ville et un terroir. Par l’entremise du regard de plusieurs réalisateurs(trices), on assiste à un pari réussi pour saisir l’engagement culturel, social et politique pour un club et son identité. Le producteur, Alexandre Hallier a accepté de répondre à nos questions.

Ultras : Le producteur Alexandre Hallier
Le producteur de la Générale de Production, Alexandre Hallier

Le Courrier de l’Atlas : Vous avez appelé votre websérie “Tribunes Libres, la culture ultra”. Pourquoi ce choix ?

Alexandre Hallier : Les ultras touchent à la fois la question des libertés mais aussi celle de la politique. Les ultras ont été le terrain d’expérimentation de lois liberticides, instaurant la présomption de délit, ce qui est délirant juridiquement parlant. Ils sont interdits de stade par des contraintes administratives. Les ultras sont aussi dans un espace de liberté, l’un des derniers endroits où l ‘on peut s’exprimer, chanter, s’engager ou militer. Des fois, ce sont dans le cadre de radicalités d’extrême droite ou d’extrême gauche. Quoiqu’il en soit, ce sont des lieux d’expression collective et bien souvent de solidarité. C’est sans doute le dernier espace de liberté dans le football.

En quoi les ultras génèrent une culture ?

Alexandre Hallier : C’est un univers assez difficile à approcher, qui a ses codes, qui a sa noblesse. Il y a un peu une forme de “chevalerie”. Les ultras revendiquent de ne pas avoir de chefs, de se représenter avec des couleurs et des codes partagés. Même s’ils bataillent pour leurs clochers, il y a une considération certaine. Au delà du rectangle du terrain, ils véhiculent et ils portent la dimension politique du football.

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Vous avez fait le choix de 7 clubs

Alexandre Hallier : (il coupe) Il y’en avait dix. On avait des clubs francais et internationaux. Il y a 3 clubs que nous n’avons pas pu faire (Italie, Allemagne et Maroc) à cause de la pandémie. Pour le Maroc, on devait avoir le Raja Casablanca, qui cultive aussi cette culture ultra au Maghreb. Dans la liste des clubs, il y’en a qui sont emblématiques et des clubs qui le sont moins. Les ultras en même temps, ne se définissent par rapport aux résultats de leurs clubs. C’est une vraie fidélité et elle peut concerner un club comme Grenoble qui n’est pas une terre de football !

Comment avez-vous réparti les thématiques sur les ultras de chaque club ?

Alexandre Hallier : Quand on parle des ultras, on parle d’un territoire. A Lens, on a la mémoire ouvrière par exemple. A Marseille, on traite plus de la question jacobine du contre-pouvoir. C’était presque plus difficile en France qu’à l’étranger. A Liverpool ou en Ukraine par exemple, la situation est plus marquée. Au Maghreb, la question des fans et de la jeunesse par rapport à la politique, nous intéresse. On aurait pu traiter la sécurité ou la radicalité aurait pu être traité dans d’autres villes aussi qu’à Lyon ou Bordeaux. Au final, ce sont surtout des personnages et des histoires que l’on raconte à travers ces films.

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Les ultras et les clubs ont ils joué facilement le jeu ?

Alexandre Hallier : les deux n’ont pas accepté facilement. On a eu beaucoup de refus. Les ultras assument d’être en marge et le revendiquent. Ils se méfient des journalistes, des caméras car ils en ont été sans doute victimes. Ils souhaitent une meilleure image mais c’est difficile de les approcher d’autant que personne ne veut se mettre en avant dans un groupe de supporters. Du coté du club, c’est difficile aussi car la communication devient verrouillé par les enjeux de sociétés cotées en bourse. C’est difficile d’avoir une liberté de ton. D’autant que dans certains cas, entre les ultras et la direction du club, ce n’est pas la grande entente non plus.

En France, il manque un grand club, le PSG dont les ultras ont souvent fait l’actualité. Pourquoi ce choix ?

Alexandre Hallier : Bien que je sois fan de ce club, il y a une particularité que l’on retrouve ailleurs. Il s’agit de l’expropriation du club par le foot business, par l’argent qui est plus marqué qu’ailleurs. Le plan Leproux a transformé le stade et l’on est arrivé au point de Liverpool. L’ambiance est meilleure dans les pubs que dans les stades !

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Ce coté business et ces lois répressives donnent l’impression d’avoir tué la notion d’ultra. Peut-on être encore ultra aujourd’hui ?

Alexandre Hallier : Plus que jamais. En même temps, il convient d’être vigilant en ce qui concerne la question des libertés publiques. Plus que jamais, on peut être ultra aujourd’hui. Il y a une désincarnation du combat, des enjeux et des questions sociales qui est telle qu’aujourd’hui, il y a une fragmentation de ses engagements. Le prix des places, la stigmatisation dont ils sont la cible et la question des réseaux sociaux méritent de se poser des questions.

Jusqu’à présent, le stade servait de catharsis de l’expression populaire. Du fait du prix élevés des places et de la répression, cette expression n’est elle pas sortie dans la rue (Gilets Jaunes) ?

Alexandre Hallier : Je ne suis pas un spécialiste mais il est sûr que le stade a toujours été un lieu politique. Comme pour d’autres événements, c’est l’endroit de la canalisation des passions populaires. On peut le voir avec ces matchs avec bandes enregistrées. C’est d’une tristesse folle !

Avec la Covid-19, avez vous l’impression d’avoir filmé les derniers moments d’une époque que l’on est pas prêt de revoir ?

Alexandre Hallier : J’ose espérer que d’ici quelques mois, les gens pourront à nouveau s’enlacer, fêter et célébrer ensemble dans un stade. Les ultras sont solidaires entre eux pour que le championnat puisse reprendre avec leur présence sereine dans les stades. Les ultras ont une conscience politique et une conscience de l’autre, qui les portent vers la solidarité. L’engagement ultra ne se situe pas que durant le match. Il est avant, pendant et après le match.

 

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).