World Cup 2026 : comment le partenariat Maroc-États-Unis se renforce

 World Cup 2026 : comment le partenariat Maroc-États-Unis se renforce

Un panneau d’affichage à Tel-Aviv représentant Donald Trump, Benjamin Nétanyahou et des dirigeants du Moyen-Orient. crédit photo : Mostafa Alkharouf / Anadolu via AFP

Alors que l’équipe nationale marocaine est aux États-Unis pour la World Cup 2026, les liens entre Rabat et Washington illustrent la profondeur d’un partenariat stratégique renforcé ces dernières années. De la reconnaissance américaine du Sahara aux recompositions géopolitiques au Moyen-Orient, les deux pays approfondissent une relation devenue centrale dans les équilibres régionaux et internationaux.

En bref

  • La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020 a marqué un tournant majeur dans les relations bilatérales.
  • Cette position a été maintenue par les administrations Trump et Biden, renforçant le partenariat stratégique entre les deux pays.
  • Le Maroc est aujourd’hui considéré comme un acteur clé de la stabilité régionale en Afrique du Nord, au Sahel et au Moyen-Orient.
  • Les accords d’Abraham ont renforcé le rôle de Rabat dans les dispositifs de sécurité soutenus par Washington.
  • Coopération sécuritaire, échanges de renseignements, exercices militaires et diplomatie régionale constituent les principaux piliers de cette alliance.

En décembre 2020, Donald Trump a décidé de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara. Cette décision a pu apparaître comme un geste de fin de mandat. Pourtant, cette orientation a été confirmée par l’administration Biden. Elle s’est inscrite dans la durée. Elle a consolidé une dynamique déjà engagée entre les États-Unis et le Maroc.

« Ce changement de paradigme du côté américain a joué en faveur du Maroc. Il s’est accompagné de l’accélération d’une dynamique déjà amorcée à l’échelle internationale », explique Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques et chercheur en géopolitique.

« Face à la marginalisation progressive des Nations unies, les États-Unis ont recherché des solutions moins contraignantes. Parmi elles figure le transactionnalisme, ou la logique des affaires transposée aux relations internationales. La proximité du régime voisin avec la Russie, sanctionnée à partir de 2022, a également renforcé un rapprochement déjà solide entre Rabat et Washington. »

Maroc–États-Unis : une alliance stratégique renforcée

Depuis plus de vingt ans, les deux pays coopèrent étroitement. Cette coopération s’est renforcée après les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001. Elle concerne notamment la lutte contre le terrorisme. Sur le plan économique, l’accord de libre-échange est entré en vigueur le 1er janvier 2006. Il a permis l’élimination des droits de douane sur plus de 95 % des produits.

« Le Maroc portait déjà une stratégie de long terme dans la région. Elle n’attendait presque que ce signal. Depuis, on observe une intensification des investissements. L’ancrage africain s’est renforcé. Les alliances se sont consolidées. Le référentiel du “réalisme” autour du plan d’autonomie a également gagné en importance. La reconnaissance américaine a joué un rôle de catalyseur, renforçant la confiance et l’attractivité du Royaume auprès des investisseurs internationaux. »

Sahara marocain : le soutien américain change la donne

Le repositionnement américain dans la gestion des affaires nord-africaines a eu des effets concrets sur les relations entre le Maroc et ses partenaires occidentaux.

« Les États-Unis sont sortis de l’asymétrie narrative, souligne Sébastien Boussois. Washington a cessé d’entretenir toute ambiguïté quant à l’issue du dossier. Le plan d’autonomie marocain est désormais considéré comme la seule solution viable. Cela a entraîné un effet d’entraînement notable. La position américaine sert désormais de levier pour faire évoluer d’autres capitales, y compris en Europe, et pour stabiliser certaines formulations au Conseil de sécurité. »

Ce repositionnement exerce également une pression sur les acteurs les plus prudents de la scène internationale. Ils sont désormais contraints de justifier leur posture. Cette évolution s’appuie sur une lecture jugée plus réaliste de la situation. Le retour de l’administration Trump en janvier 2025 a renforcé cette dynamique.

La stabilité du Maroc, ainsi que le renforcement de sa coopération avec l’Union européenne dans de nombreux domaines (militaire, migratoire, sécuritaire), ont contribué à transformer la perception du Royaume auprès de ses partenaires. Il est désormais considéré comme un partenaire stratégique pour les États-Unis, dans une région sous tension, du Sahel à l’Atlantique en passant par la Méditerranée.

Même les alliés traditionnels du Front Polisario et de l’Algérie, tels que la Russie et la Chine, ont choisi de s’abstenir lors du vote de la résolution 2797.

Pour Sébastien Boussois, « cette résolution marque une inflexion réelle, bien qu’elle reste ancrée dans la logique de compromis propre aux Nations unies. Les États-Unis jouent un rôle central au sein de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) : ils rédigent et structurent les premières versions des textes, puis encadrent les négociations. Ils agissent ainsi comme un garant, voire une assurance. »

Accords d’Abraham : le Maroc, partenaire clé de Washington

Les bouleversements en cours au Proche et au Moyen-Orient ont également contribué à redéfinir la vision américaine. La signature des accords d’Abraham en 2020 a profondément reconfiguré les équilibres régionaux.

Selon le chercheur franco-belge,, « ces accords confèrent au Maroc un statut de partenaire privilégié dans les dispositifs de sécurité américains. Cette relation repose sur une convergence d’intérêts : les États-Unis consolident un allié stable à l’ouest du monde arabe, tandis que le Maroc obtient une reconnaissance politique majeure de son intégrité territoriale. »

Toutefois, Rabat n’a pas opté pour un alignement exclusif.

« Contrairement à certains signataires des accords d’Abraham, le Maroc a su préserver son ancrage dans le monde arabe, notamment à travers sa présidence du Comité Al-Qods, son soutien à Jérusalem-Est et sa défense constante de la solution à deux États. Le Royaume mène une diplomatie de pivot, capable de conjuguer partenariat avec Washington et Israël tout en conservant sa légitimité dans les sphères arabes et islamiques. »

Cette approche, loin d’être opportuniste, s’inscrit dans une vision de long terme, privilégiant l’autonomie décisionnelle à l’alignement idéologique.

« C’est cette intelligence géopolitique, fondée sur l’équilibre plutôt que sur les postures, qui explique pourquoi Rabat est aujourd’hui perçu comme un acteur fiable, rationnel et incontournable du nouvel échiquier sécuritaire international. »

World Cup 2026 : un contexte favorable au rayonnement du Maroc

Le 20 janvier dernier a été marqué par la création du Conseil de la paix, une organisation internationale présidée à vie par Donald Trump, dont le Maroc est l’un des 22 membres fondateurs. Cette participation illustre la solidité des liens entre les deux pays.

Ces relations s’inscrivent dans une longue histoire diplomatique commune, depuis le dîner entre le sultan Mohammed V et Franklin D. Roosevelt à Anfa en 1943, jusqu’aux rencontres régulières entre les souverains marocains et les présidents américains.

Pour Sébastien Boussois, « ces relations constituent aujourd’hui l’un des piliers de la puissance du Royaume. Elles reposent sur des exercices militaires conjoints, des acquisitions d’armement, des échanges de renseignements, un alignement diplomatique et une intégration dans les architectures de sécurité régionales. »

Les alliances deviennent de plus en plus transactionnelles dans le monde actuel. Le Maroc a su capitaliser sur sa stabilité, sa cohérence stratégique et sa crédibilité opérationnelle pour s’imposer. Elle est dorénavant considéré comme un partenaire durable de la première puissance mondiale.

VOS QUESTIONS SUR LE PARTENARIAT MAROC ETATS-UNIS

Pourquoi les États-Unis soutiennent-ils le plan d’autonomie marocain pour le Sahara ?

Washington considère le plan d’autonomie marocain comme la solution la plus crédible. Les États-Unis estiment qu’il s’agit aujourd’hui de l’option la plus réaliste pour résoudre le conflit du Sahara.

Quel impact a eu la reconnaissance américaine du Sahara marocain ?

La décision annoncée par Donald Trump en décembre 2020 a renforcé la position diplomatique du Maroc. Elle a également encouragé plusieurs partenaires internationaux à faire évoluer leur approche du dossier.

Quel rôle jouent les accords d’Abraham dans les relations Maroc–États-Unis ?

Les accords d’Abraham ont renforcé la coopération entre Rabat et Washington. Cette dynamique concerne notamment la sécurité, le renseignement et la stabilité régionale.

Pourquoi le Maroc est-il considéré comme un partenaire stratégique des États-Unis ?

Le Royaume est perçu comme un acteur stable et fiable. Il joue un rôle important dans une région marquée par de nombreuses tensions. Sa coopération sécuritaire, diplomatique et militaire avec Washington s’est renforcée au fil des années.

Quel lien entre la World Cup 2026 et les relations Maroc–États-Unis ?

La présence des Lions de l’Atlas aux États-Unis met en lumière les liens entre les deux pays. Elle intervient à l’approche de la World Cup 2026, dans un contexte de rapprochement diplomatique, économique et stratégique entre Rabat et Washington.

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.