Tunisie – Suède : le Mondial vire déjà au cauchemar pour les Aigles de Carthage

Intolérable, honteux, inexcusable… Les supporters tunisiens n’ont pas de mots assez durs pour décrire leur désillusion, eux qui ont veillé tard dans la nuit de dimanche à lundi pour suivre l’entrée en lice de leur équipe nationale au Mondial.
La seconde gifle reçue face à la Suède (5-1) lors de la première journée de la Coupe du monde 2026 du groupe F, consécutive à celle infligée par la Belgique (5-0) en match de préparation, a plongé les spectateurs tunisiens dans un profond désarroi. L’ultime test face aux Diables rouges apparaît donc en ce jour de gueule de bois comme une alerte qui n’aura pas servi de leçon.
Car quelques jours après cette lourde défaite, beaucoup espéraient une réaction d’orgueil pour l’entame de la compétition. Il n’en a rien été. Dominée dans tous les compartiments du jeu, la sélection tunisienne a livré une prestation calamiteuse qui relance les interrogations sur son niveau réel et sa capacité à rivaliser avec les meilleures nations. « Nous sommes passés du statut de meilleure défense d’Afrique à celle de pire défense au monde ! », lâche un supporter furieux, à la sortie du stade, réclamant la démission immédiate du nouveau coach Sabri Lamouchi ainsi que celle de la Fédération tunisienne de football dans son intégralité.
Par quelle déchéance a-t-on pu passer de qualifications exemplaires au Mondial (10 matchs, 10 victoires, 0 buts encaissés clean sheet) à un pareil naufrage indécent ?
Une débâcle qui confirme les craintes
Dès les premières minutes, la différence de rythme, de qualité technique et d’intensité physique est apparue flagrante entre les deux équipes. Les Suédois ont rapidement pris le contrôle des opérations, exploitant les espaces laissés par une défense tunisienne dépassée. Ironie du sort, c’est Yassine Ayari, jeune joueur suédois d’origine tunisienne, qui ouvre la marque dès la 7ème minute sur une maladroite sortie de l’inexpérimenté gardien de but tunisien Mouhib Chemakh dont ce ne sera pas l’unique gaffe.
Malgré quelques séquences encourageantes et un but qui a brièvement entretenu l’espoir des Tunisiens qui reviennent à 2-1 à la mi-temps, les Aigles de Carthage ont subi la loi de leur adversaire pendant l’essentiel de la rencontre.
Hormis sa passe décisive pour Omar Rekik (seul tunisien à se démarquer du lot), Hannibal Mejbri aura quasiment tout raté. Nonchalant, extrêmement lent et imprécis sur ses centres, il est passé à côté d’un match où il était de retour en tant que titulaire. A l’image de Sekhiri, Talbi, Khediri et Saad, tous aussi statiques qu’attentistes.
Pour de nombreux observateurs, ce revers n’a rien d’une surprise. La correction infligée par la Belgique quelques jours auparavant avait déjà mis en évidence les lacunes d’une équipe en manque de repères collectifs. Certes, il ne s’agissait alors que d’un match amical, mais les mêmes défauts ont ressurgi face à la Suède : grandes difficultés à conserver le ballon, transitions défensives lentes, manque d’agressivité dans les duels et incapacité à créer un danger constant devant le but adverse.
Les choix tactiques du sélectionneur sont également pointés du doigt, lui qui n’aura effectué ses premiers changements qu’à la 70ème minute du match, alors mené 3-1. Plusieurs supporters reprochent à l’encadrement technique de ne pas avoir tiré les enseignements des matchs de préparation y compris contre l’Autriche. « On a l’impression d’avoir revu exactement le même match », estime un supporter rencontré à la sortie d’un salon de thé de Tunis. « La Belgique nous avait déjà montré nos limites. Rien n’a changé ! »
Colère et désillusion des supporters
Sur les réseaux sociaux comme dans les rues du pays, la déception est immense. Beaucoup de supporters peinent à reconnaître une sélection qui, par le passé, avait souvent compensé ses limites techniques par son organisation et son abnégation.
« On ne demande pas de gagner la Coupe du monde, mais au moins de se battre », écrit un internaute. Un autre résume le sentiment général : « Perdre contre plus fort est acceptable. Être humilié de cette façon ne l’est pas. » Certains évoquent même l’une des pires prestations tunisiennes dans un grand tournoi depuis plusieurs décennies.
La frustration est d’autant plus forte que les attentes étaient humbles au regard du gap qui sépare désormais les Aigles des autres équipes du Maghreb, en pleine ascension. Les supporters espéraient avant tout voir une équipe compétitive, capable de défendre ses chances avec courage, au moins face à de modestes suédois à la 39ème place mondiale. Or, après cette bérézina, beaucoup redoutent désormais une élimination historique via trois défaites au Mondial, du jamais vu au terme des six participations précédentes.
Le prochain match contre le Japon sera déjà celui de la dernière chance pour préserver un minimum d’espoir. Mais au-delà du résultat, c’est surtout l’image laissée par l’équipe qui inquiète: la claque suédoise ressemble à une confirmation brutale du chantier à mener.
La Coupe du monde n’est pas encore terminée pour la Tunisie. Pourtant, dans l’esprit de nombreux supporters, elle semble déjà appartenir au passé. Plus qu’une défaite, c’est la manière qui fait mal. Et qui nourrit une question devenue incontournable : ce Mondial 2026 est-il déjà un Mondial à oublier ?
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