Mort de Nahel : la justice relance la piste du meurtre

À Nanterre, des manifestants rendent hommage à Nahel Merzouk et dénoncent l’impunité policière après la requalification des poursuites visant le policier qui a tué l’adolescent en juin 2023. © Ludovic Marin / AFP
Près de trois ans après la mort de Nahel Merzouk, l’adolescent à Nanterre lors d’un contrôle routier, la Cour de cassation a annulé la requalification des faits en violences volontaires. Cette décision rouvre la possibilité d’un procès pour meurtre du policier mis en cause.
En bref
- La Cour de cassation a annulé la requalification des faits retenue par la cour d’appel de Versailles.
- Elle estime que les juges n’ont pas suffisamment justifié l’abandon de la qualification de meurtre.
- Le dossier est renvoyé devant la cour d’appel de Versailles pour un nouvel examen.
- Cette décision rouvre la possibilité d’un procès pour meurtre du policier ayant tué Nahel Merzouk.
- La famille de Nahel et le collectif Justice pour Nahel saluent une avancée judiciaire majeure
Pourquoi la Cour de cassation a annulé la requalification des faits
Près de trois ans après la mort du jeune Nahel Merzouk à Nanterre, l’affaire est toujours en cours. Dernier épisode : la justice a rouvert la voie à un possible procès pour meurtre. Le 12 juin dernier, la Cour de cassation a en effet annulé la requalification des faits en violences pour le policier.
La plus haute juridiction judiciaire française a estimé que la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles « n’a pas justifié sa décision ». Selon la Cour de cassation, le policier a « fait volontairement usage de son arme à feu de calibre 9 mm, à une courte distance de la victime, visée dans une zone considérée comme vitale, et que l’intéressé avait nécessairement conscience du risque létal de son acte ».
L’affaire est donc renvoyée devant la cour d’appel de Versailles qui devra statuer de nouveau sur le chef pour lequel est renvoyé le policier. Cette nouvelle décision pourrait faire l’objet d’autres recours.
Les réactions de la famille de Nahel et du collectif Justice pour Nahel
« Cette décision consacre le fait que l’intention homicide du policier ne pouvait être écartée », a déclaré Maître Frank Berton, conseil de la mère de Nahel, Mounia Merzouk, dans un communiqué.
« Elle marque une étape essentielle dans la recherche de la vérité judiciaire, et nous nous en félicitons. La mère de Nahel est désormais en droit d’attendre que les faits soient examinés par une cour d’assises sous leur exacte qualification et qu’un procès pour meurtre puisse se tenir », a-t-il ajouté.
Dans un autre communiqué, le collectif Justice pour Nahel s’est réjoui de la décision de la Cour de cassation qui « reconnaît clairement la réalité de l’intention de tuer et impose une requalification juste des faits ».
Pourquoi la cour d’appel avait écarté l’intention homicide
Le 3 juin 2025, après deux ans d’investigations, deux juges d’instruction ont ordonné le renvoi du fonctionnaire de police mis en cause devant la cour d’assises pour meurtre, conformément aux réquisitions du parquet de Nanterre.
Mais en mars dernier, la cour d’appel a écarté toute intention homicide du fonctionnaire de police. Elle considère que le policier avait utilisé son arme lors d’une « opération policière où il était nécessaire de contrôler un véhicule dont le conducteur (…) refusait de s’arrêter malgré une conduite particulièrement dangereuse ».
Concernant la faible distance du tir, à 16 centimètres du pare-brise du véhicule que conduisait Nahel Merzouk, celle-ci n’établit pas l’intention homicide du policier selon la cour. Elle s’explique par la « nécessité que (le policier) voyait de circonscrire le champ d’un tir potentiel au seul conducteur » afin de ne pas « risquer de blesser une autre personne ».
La cour d’appel a donc ordonné que le fonctionnaire soit renvoyé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Elle a également confirmé le non-lieu pour le second policier présent lors de l’intervention.
Retour sur les circonstances de la mort de Nahel à Nanterre
Le 27 juin 2023 à Nanterre, un tir policier à bout portant lors d’un contrôle routier coûte la vie à Nahel Merzouk. L’adolescent avait 17 ans.
Filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux, la mort de l’adolescent a déclenché plusieurs nuits d’émeutes à travers la France.
Son décès est devenu, comme d’autres avant lui, un symbole des violences policières.
Vos questions sur la mort de Nahel
Pourquoi la Cour de cassation est-elle intervenue dans l’affaire Nahel ?
La plus haute juridiction judiciaire française a considéré que la cour d’appel de Versailles n’avait pas suffisamment motivé sa décision d’écarter l’intention homicide du policier.
La justice peut-elle juger le policier pour meurtre ?
Pas encore. La cour d’appel de Versailles doit désormais réexaminer le dossier et déterminer si elle renvoie ou non le policier devant une cour d’assises pour meurtre.
Que reproche la justice au policier ?
En mars 2026, la cour d’appel de Versailles avait renvoyé le fonctionnaire pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Toutefois, elle avait alors écarté la qualification de meurtre.
Quand Nahel Merzouk est-il mort ?
Une balle tirée à bout portant par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre a tué Nahel Merzouk le 27 juin 2023. L’adolescent avait 17 ans.
