Aziza Chaouni, l’architecte marocaine qui réinvente la construction durable

 Aziza Chaouni, l’architecte marocaine qui réinvente la construction durable

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Première Marocaine diplômée en architecture à Harvard, Aziza Chaouni défend une architecture durable qui allie patrimoine, justice sociale et adaptation au changement climatique. De la médina de Fès au Haut Atlas, ses projets montrent comment les savoir-faire du Sud peuvent inspirer le monde.

En bref

  • Aziza Chaouni est la première Marocaine diplômée en architecture à Harvard.
  • Elle développe une architecture conciliant patrimoine, écologie et justice sociale.
  • Elle a participé à la réhabilitation de la rivière de Fès.
  • Après le séisme du Haouz, elle a conçu des logements bas carbone en briques de terre compressée.
  • À l’EPFL, elle défend des solutions inspirées des savoir-faire du Sud pour répondre au changement climatique.

Des chantiers de Fès aux bancs de Harvard

Enfant intrépide, toujours dehors, Aziza Chaouni grandit dans une famille qui la laisse explorer le monde en toute liberté. Née à Fès en 1974, elle accompagne souvent son père, constructeur de bâtiments industriels, sur les chantiers.

« Je jouais dans le sable, il n’y avait pas de sécurité pour les enfants, ni protection, ni rien », raconte-t-elle.

Ce sont les matériaux, les volumes et les gestes de la construction qui éveillent très tôt sa curiosité.

Dans sa famille, bâtir est presque une tradition. Sa tante, formée à Paris, est architecte. Son grand-père, qui finance la construction d’une mosquée dans un village de l’Atlas, lui transmet une phrase qui la marquera durablement : « Celui qui construit une mosquée sur terre construit sa maison au paradis. »

Une manière de dire que construire, c’est aussi laisser une trace utile aux autres.

Après son baccalauréat, excellente élève, elle s’oriente d’abord vers la biologie et la génétique.

« Un été enfermée dans un laboratoire m’a suffi. J’ai compris que j’avais besoin d’être dehors, avec les gens. »

Elle se réoriente vers le génie civil à Columbia avant d’intégrer Harvard, où elle devient la première Marocaine diplômée d’un master en architecture.

Ce double cursus, entre ingénierie et conception, marquera durablement sa manière de penser les projets.

En 2004-2005, un stage chez Renzo Piano, à Paris, complète cette formation.

Elle y découvre une approche où structure, eau, ventilation et architecture sont pensées ensemble dès les premières esquisses.

C’est aussi sa première confrontation aux discriminations liées à ses origines, une expérience qui renforce sa conviction que l’architecture est indissociable des questions de justice sociale.

Réhabiliter Fès grâce à une architecture engagée

Au moment de choisir son sujet de thèse, son directeur Hashim Sarkis la pousse à regarder vers son pays.

« Tu as une responsabilité. Tu te dois de faire quelque chose pour ta ville. »

Elle décide alors de travailler sur la rivière de Fès, transformée depuis des décennies en égout à ciel ouvert traversant la médina.

Ce qui n’était au départ qu’un projet universitaire devient une opération de dépollution à grande échelle qui contribue à transformer durablement la ville.

Cette expérience fonde sa philosophie.

« Je me définis comme une architecte activiste. L’architecte doit avant tout devenir un citoyen. »

Pour elle, un bâtiment ne peut être dissocié de son environnement, de sa fonction sociale ou des habitants qui l’utilisent.

Après Harvard, elle enseigne pendant dix-huit ans à l’Université de Toronto, où elle crée sa propre agence d’architecture, avant de rejoindre l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), où elle poursuit ses recherches sur les liens entre architecture, climat et territoires.

Reconstruire le Haut Atlas avec des matériaux durables

Le séisme qui frappe le Haouz en septembre 2023 conforte ses convictions.

Alors que la reconstruction s’oriente largement vers le béton, Aziza Chaouni défend une autre voie.

Avec ses équipes, basées dans sa ville natale, elle met au point une « maison Lego » de 70 m² construite pour environ 14 000 dollars grâce à des briques de terre compressée contenant seulement 5 % de ciment, selon le procédé Durabrick.

L’objectif n’est pas de rejeter l’industrie du béton, mais de la transformer de l’intérieur.

« Pour insuffler un changement significatif, il faut hacker les industries existantes. Le lobby du béton est si puissant. »

En utilisant les presses déjà présentes dans les cimenteries pour produire ces briques, elle cherche à rendre la construction bas carbone compatible avec une production de grande ampleur.

Parallèlement, elle développe la Maison des Étoiles à Tajgalt, un centre communautaire destiné aux jeunes d’un village durement touché par le séisme, ainsi qu’un programme de logements pour six veuves avec l’ONG Amal Biladi.

Son engagement ne se limite pas aux territoires sinistrés.

À travers son initiative MADI, elle œuvre à la sauvegarde de plusieurs chefs-d’œuvre du patrimoine moderne africain, parmi lesquels le complexe thermal de Sidi Harazem, près de Fès, ou encore la Maison du Peuple au Burkina Faso, remarquable pour son système de ventilation naturelle.

L’eau demeure l’autre fil rouge de son travail.

Qu’il s’agisse de systèmes de plomberie économes, de fosses septiques écologiques ou de structures installées dans les parcs nationaux marocains servant à la fois de signalétique et d’abris pour les insectes et les oiseaux, elle cherche toujours à faire dialoguer architecture, biodiversité et gestion des ressources.

Quand les savoir-faire du Sud inspirent le Nord

À l’EPFL, en Suisse, où elle dirige le laboratoire SoNo — Sud-Nord —, Aziza Chaouni défend un renversement de perspective.

Pendant des décennies, les pays du Sud ont importé les modèles architecturaux venus d’Europe ou d’Amérique du Nord.

Face aux canicules de plus en plus fréquentes et au changement climatique, elle estime que le mouvement doit désormais s’inverser.

Refroidissement passif, matériaux bas carbone, terre crue et sobriété énergétique figurent parmi les solutions éprouvées depuis des siècles dans les régions les plus chaudes que les pays du Nord redécouvrent aujourd’hui.

Pour Aziza Chaouni, les territoires longtemps considérés comme périphériques sont devenus des réservoirs d’innovation.

L’architecture du XXIᵉ siècle ne reposera pas uniquement sur davantage de technologie, mais sur la capacité à adapter des savoir-faire anciens aux défis contemporains.

C’est cette conviction qui guide désormais l’ensemble de son travail : apprendre du Sud pour mieux construire partout.

Ce qui ne manque pas d’ingéniosité.

Vos questions sur Aziza Chaouni

Qui est Aziza Chaouni ?

Aziza Chaouni est une architecte marocaine, première Marocaine diplômée d’un master en architecture à Harvard, spécialisée dans l’architecture durable.

Pourquoi est-elle reconnue ?

Elle est connue pour ses projets de réhabilitation de la médina de Fès, ses travaux sur la reconstruction du Haut Atlas après le séisme de 2023 et son engagement en faveur d’une architecture bas carbone.

Où enseigne Aziza Chaouni ?

Après avoir enseigné pendant dix-huit ans à l’Université de Toronto, elle poursuit aujourd’hui ses recherches à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Quelle est sa vision de l’architecture ?

Elle considère que l’architecture doit répondre aux enjeux sociaux, environnementaux et climatiques, tout en valorisant les savoir-faire locaux et les matériaux durables.

 

 

 

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Fadwa Miadi