Qui est Zineb Alami, l’avocate au cœur du dossier Pengo Bossio Wangi à Trappes ?

Zineb Alami, avocate au barreau de Paris, défend le père et les proches de Pengo Bossio Wangi, tué lors de l’attentat raciste de Trappes. Photo : DR
Avocate au barreau de Paris, cette pénaliste assure la défense du père et des proches de Pengo Bossio Wangi, tué lors de l’attentat raciste de Trappes. Engagée contre les violences et les discriminations, la trentenaire développe un style singulier pour faire entendre la voix de ceux qu’elle défend.
En bref
- Zineb Alami est avocate pénaliste au barreau de Paris.
- Elle a ouvert son propre cabinet en janvier 2024, boulevard de Magenta à Paris.
- Elle assure la défense du père et des proches de Pengo Bossio Wangi, tué lors de l’attentat raciste de Trappes.
- Zineb Alami dénonce la banalisation des discours racistes dans le débat public, qu’elle considère comme un terreau favorisant le passage des paroles aux actes.
- Elle publie des vidéos pédagogiques sur Instagram pour rendre le droit accessible aux jeunes.
Bien avant les prétoires parisiens, les comparutions immédiates et les dossiers d’assises, il y a un souvenir de jeunesse. « J’ai grandi à Tiznit, mais quand ma famille a dû quitter le sud du Maroc pour Tanger, ma nounou n’a pas pu nous suivre. À mon entrée au collège, j’ai appris qu’elle était tombée enceinte à la suite d’un viol et avait dû se prostituer pour subvenir aux besoins de son enfant », raconte Zineb Alami.
Cette injustice est l’une des premières auxquelles elle est confrontée. Elle marque durablement la jeune fille, qui s’engage dès l’adolescence auprès d’associations venant en aide aux mères célibataires. À cette époque pourtant, elle ne rêve pas encore d’enfiler la robe noire. Elle veut plutôt brûler les planches.
Étudiante à Paris II-Assas, après un bac décroché à Casablanca, elle était pourtant incapable de rester assise durant les cours magistraux. Elle désertait les amphis, récupérait les notes parfaites d’une amie et préférait flâner dans Paris, à la recherche de romans et d’essais à deux euros chez les bouquinistes. Quand elle en avait assez de déambuler, elle se posait au fond d’une salle d’audience pour observer ses futurs confrères, les réactions des juges, l’arène judiciaire.
Des années plus tard, cette violence sociale résonne face aux dossiers qui atterrissent dans son cabinet, ouvert depuis janvier 2024 boulevard de Magenta à Paris, après deux années de collaboration chez Seban puis auprès de Sylvie Noachovitch.
C’est l’attentat de Trappes qui a accru sa notoriété. Elle assure la défense du père et des proches de Pengo Bossio Wangi, ce jeune espoir du MMA de 26 ans tué en raison de la couleur de sa peau. Sa mission : devenir le porte-voix de la douleur de cette famille et exiger que la justice nomme le crime sans détour.
« Son père ne cesse de répéter, en parlant de son défunt fils : “C’est le meilleur d’entre nous tous qu’il a pris.” Il attend que justice soit faite. Il ne veut pas que son fils soit mort pour rien. Il attend un éveil des consciences, que tout le monde se rende compte que le racisme tue et qu’on prenne nos responsabilités. Concrètement, ça passe par la reconnaissance du fait que c’est un attentat raciste et que Pengo Bossio Wangi est mort parce qu’il est noir. »
Elle dénonce aussi le silence assourdissant et incompréhensible qui entoure cette tragédie : le père n’a pas reçu de message de condoléances. Ces drames devraient, selon elle, susciter davantage d’unité, et montrer que l’État est aux côtés de tous ceux qui luttent contre le racisme.
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Une vocation entre théâtre et prétoires
Pour porter ces combats, elle ne cherche pas les effets de manche. « Je parle aux juges comme pour convaincre des amis lors d’un dîner. » Elle récuse le jargon savant, les tournures ampoulées. Elle voudrait que ses clients puissent se dire : « c’est exactement comme ça que j’aurais voulu me défendre moi-même. »
Cette façon d’exercer son métier, elle la doit aussi à sa passion pour le théâtre. Sur scène, elle a appris à soutenir un regard, à moduler sa voix pour ne jamais lasser l’auditoire, à apprivoiser l’espace avec ses mains. Autant de techniques qu’elle utilise aujourd’hui face aux magistrats.
À la fin de chaque audience, qu’il s’agisse d’un dossier retentissant ou d’une comparution ordinaire, elle dit se sentir « vidée, courbaturée au bas du ventre et au niveau des hanches, là où je puise toutes mes forces ».
Parmi les figures qui l’inspirent, Robert Badinter occupe une place particulière. Elle admire son combat contre la peine de mort mais aussi sa capacité à accompagner ses clients condamnés jusqu’à leurs derniers instants. « Quand l’un de mes clients part aujourd’hui en détention, je ressens un échec dévastateur. Mais ce n’est rien face à l’épreuve vécue par Badinter devant l’échafaud. »
Elle a d’ailleurs fait sienne cette conviction de l’ancien garde des Sceaux : pour prendre le pouls de la santé sociale d’un pays, il faut pousser la porte de ses tribunaux. Aussi, lors de ses séjours à l’étranger, il lui arrive de se glisser parmi l’auditoire.
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Faire entendre les droits au-delà du tribunal
Son travail ne s’arrête pas non plus aux portes du palais de justice. Pour que nul n’ignore ses droits, elle poste régulièrement sur Instagram des vidéos face caméra. Elle y explique aux jeunes, sans jargon, ce qu’est une comparution immédiate ou ce qu’il faut savoir en cas de garde à vue. Une manière de rendre le droit accessible, à l’heure où la jeunesse bat le pavé pour réclamer ses droits.
C’est sa façon à elle de combattre l’arbitraire, qui prend parfois la forme d’un dossier classé sans suite, alors que le jeune homme concerné a été roué de coups après un contrôle au faciès filmé. Pour la trentenaire, de telles violences, tout comme l’attentat de Trappes, sont le produit d’un même terreau : un discours raciste désormais tellement décomplexé et banalisé dans le débat public que les paroles se traduisent en actes.
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À la fin de sa journée, pour se déconnecter, elle médite et marche des kilomètres dans les rues de Paris aux côtés de Capri, son loulou de Poméranie. Sans musique ni téléphone. Autre échappatoire ? La lecture, bien entendu. Son dernier coup de cœur : La dernière allumette, un roman sur les violences conjugales. Évidemment.
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Vos questions sur l’avocate Zineb Alami
Qui est Zineb Alami ?
Zineb Alami est une avocate pénaliste inscrite au barreau de Paris. Elle exerce notamment dans la défense des victimes et des personnes mises en cause.
Quel est son rôle dans l’affaire de Trappes ?
Elle assure la défense du père et des proches de Pengo Bossio Wangi, jeune homme de 26 ans tué lors de l’attentat raciste de Trappes.
Pourquoi Zineb Alami qualifie-t-elle la mort de Pengo Bossio Wangi d’attentat raciste ?
Pour l’avocate, Pengo Bossio Wangi a été tué parce qu’il était noir. Elle demande que la justice reconnaisse le caractère raciste de l’attentat et dénonce la banalisation des discours racistes dans le débat public.
Quel rôle les discours racistes jouent-ils, selon elle, dans le passage à la violence ?
Zineb Alami estime que les violences racistes, dont l’attentat de Trappes, s’inscrivent dans un climat où les discours racistes sont devenus décomplexés et banalisés, au point que les paroles finissent par se traduire en actes.
Pourquoi publie-t-elle des vidéos sur Instagram ?
Elle y explique aux jeunes des notions de droit et de procédure pénale, comme la comparution immédiate et la garde à vue, afin de rendre leurs droits accessibles.
