Bagnolet – Station Gallieni : Des militants antiracistes veulent la rebaptiser

 Bagnolet – Station Gallieni : Des militants antiracistes veulent la rebaptiser

Des militants de Bagnolet (93) veulent rebaptiser la Station Gallieni pour lui donner le nom de Josette et Maurice Audin. Crédit photo : DR

Alors qu’à travers le monde, des statues érigées à la gloire de personnages de premier plan dans l’histoire du colonialisme et de l’esclavagisme sont déboulonnées, des militants antiracistes de Bagnolet (93) se sont donné rendez-vous ce mercredi à 18h à l’extérieur du métro Gallieni. Objectif : rebaptiser symboliquement cette station en recouvrant le nom de cet ancien militaire, ardent défenseur du colonialisme, par une banderole adhésive où seront inscrits les noms de Josette et Maurice Audin, combattant de l’indépendance algérienne.  

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Joseph Galliéni est né en 1849 à Saint-Béat (Haute-Garonne). Militaire de haut rang, convaincu de la « mission civilisatrice » de la république française, il va appliquer sa doctrine coloniale à Madagascar dont il est nommé gouverneur général en 1896. Joseph Galliéni instaure dès son arrivée sur l’Ile le travail forcé et réprime la résistance malgache à l’occupation française avec une brutalité inouïe. En 8 ans, 500 000 Malgaches sont tués, sur une population de 3 millions.

« Nous choisirons les héros que nous voulons honorer… »

« Le colonialisme est un crime contre l’humanité ; il est temps qu’il soit reconnu comme tel. Nous refusons que soient célébrés encore de nos jours le massacre, la destruction, l’oppression, la déshumanisation et la possession de peuples entiers », insiste Kamel Brahmi, l’un des initiateurs de cette action. « Nous choisirons, à l’avenir, les héros que nous voulons honorer. Ils incarneront la justice, la paix, l’humanité, la fraternité », continue Kamel Brahmi.

Vérité et justice pour Maurice Audin

Militant communiste, combattant de l’indépendance algérienne, Maurice Audin fut enlevé par l’armée française à Alger, le 11 juin 1957, avant d’être torturé et assassiné. Ses tortionnaires firent disparaître son corps, comme ils firent disparaître les dépouilles de milliers d’Algériens qui succombèrent entre leurs mains. Il avait 25 ans.

Sans trêve, jusqu’à son dernier souffle, son épouse, Josette Audin, qui vécut de longues années à Bagnolet, exigea la vérité et la justice pour ce mort sans sépulture. L’Etat français a fini par reconnaître, il y a deux ans, sa responsabilité dans l’assassinat de Maurice Audin.

Vers un horizon politique post-colonial

« Après cette reconnaissance il faut désormais célébrer la mémoire de ces deux héros de la justice et de la paix pour ouvrir un horizon politique postcolonial, capable de réinventer une société débarrassée des discriminations et du racisme », martèle Kamel Brahmi.

« Notre action sera l’occasion de réitérer nos demandes auprès des autorités publiques et du maire de Bagnolet, de débaptiser cette station pour lui donner le nom de Josette et Maurice Audin, deux militants anticoloniaux combattant.e.s de l’indépendance algérienne », conclut déterminé Kamel Brahmi.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.