Black-out historique en Tunisie : une nuit de chaleur, d’angoisse et de colère

 Black-out historique en Tunisie : une nuit de chaleur, d’angoisse et de colère

La capacité installée du parc de production tunisien est d’environ 6 000 à 6 300 MW, dont plus de 90 % proviennent de centrales thermiques alimentées au gaz naturel

Une nuit étouffante, des villes entières plongées dans le noir, des ascenseurs immobilisés, des habitants sans information et des secours sollicités en urgence. Dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 juillet 2026, la Tunisie a connu l’une des plus importantes coupures d’électricité de son histoire récente. Récit et premières explications.

De nombreuses régions, du Grand-Tunis jusqu’à Tataouine, en passant par Nabeul, Monastir et plusieurs gouvernorats de l’intérieur, ont été touchées par une panne généralisée qui a débuté vers 23 heures et dont les effets se sont dans certains endroits prolongés jusqu’au lever du jour.

Sur fond de canicule, avec des températures nocturnes suffocantes supérieures à 32 °C, cette panne a rapidement fait naître inquiétude et exaspération, d’autant que les autorités sont restées silencieuses durant de longues heures.

 

Une nuit chaotique dans un pays paralysé

Le black-out est intervenu après une journée déjà marquée par des coupures localisées dans plusieurs quartiers. Lorsque le réseau s’est finalement interrompu à grande échelle en pleine transmission de la demi-finale de la Coupe du monde, les conséquences se sont immédiatement fait sentir. Dans plusieurs secteurs résidentiels du Grand-Tunis, notamment Ennasr, El Ghazala et Riadh Andalous, des quartiers entiers se sont retrouvés privés d’électricité, une situation également signalée dans de nombreuses villes du littoral et du sud.

Les réseaux sociaux se sont rapidement remplis de témoignages évoquant une nuit particulièrement éprouvante. De nombreux habitants dénoncent l’absence totale d’informations de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG). « La STEG ne répond plus au téléphone lorsqu’on essaie de se renseigner sur la durée des coupures. On entend tout et son contraire : certains parlent de « délestage », d’autres d’une panne générale », témoigne une habitante de l’Ariana encore ce matin.

Durant plusieurs heures, les pompiers ont été mobilisés pour secourir des personnes bloquées dans des ascenseurs, tandis que les sirènes d’ambulances résonnaient dans les rues obscures. Dans les zones touristiques, les conséquences économiques se sont également fait sentir. Plusieurs gérants de cafés et de bars affirment avoir perdu une soirée entière de chiffre d’affaires après le départ précipité de leur clientèle, certains menaçant désormais de suspendre le paiement de leurs factures d’électricité en guise de représailles envers ce manque à gagner.

 

La STEG invoque le délestage et la pression sur le réseau

Ce n’est que ce mercredi matin que le président-directeur général de la STEG, Fayçal Trifa, est finalement sorti de son silence. Selon lui, les coupures programmées, ou délestages, constituent un outil destiné à réduire temporairement la demande afin « d’éviter un effondrement complet du réseau électrique ». Les hôpitaux et autres infrastructures vitales sont exclus de ces interruptions, tandis que leur répartition entre les différentes régions obéit à des critères techniques tenant compte notamment de l’intensité de la chaleur et de la charge supportée par le réseau.

Le dirigeant de la STEG a précisé qu’un délestage ne dépasse pas une heure en temps normal. « Lorsque les coupures se prolongent davantage, elles seraient généralement liées à des pannes techniques provoquées par la surcharge des transformateurs et des équipements sous l’effet des fortes chaleurs », poursuit-il. Il a assuré que les équipes techniques poursuivent leurs interventions malgré des conditions climatiques difficiles et a appelé les Tunisiens à limiter leur consommation électrique pendant les heures de pointe.

La pointe de consommation enregistrée en Tunisie est de l’ordre de 4 700 à 5 000 MW en été, lors des épisodes de forte chaleur, lorsque les climatiseurs fonctionnent massivement. La pointe de l’été 2025 avait déjà approché des niveaux records, et la STEG anticipe des pics comparables, voire supérieurs, en 2026.

Reste que ces explications n’éteignent pas toutes les interrogations. Plusieurs observateurs relèvent que des perturbations importantes ont également été enregistrées presque simultanément en Algérie et en Libye, alimentant les interrogations sur la vulnérabilité des réseaux électriques interconnectés du Maghreb. En attendant un bilan officiel détaillé des événements de cette nuit exceptionnelle, c’est surtout le manque de transparence des autorités qui cristallise les critiques.

Pour beaucoup de Tunisiens, c’est cette communication institutionnelle défaillante et verticale qui est devenue insoutenable, à l’instar des coupures d’eau ou encore des récentes coupures générales de messageries web en marge des examens du bac.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie