Mondial 2026 : Le racisme gagne du terrain

 Mondial 2026 : Le racisme gagne du terrain

France’s forward #10 Kylian Mbappe reacts during the 2026 World Cup football tournament semi-final match between France and Spain at the Dallas Stadium in Arlington on July 14, 2026. (Photo by FRANCK FIFE / AFP)

Le racisme a été très visible durant ce mondial 2026. les insultes contre Kylian Mbappé, les gestes visant IShowSpeed et les attaques en ligne contre plusieurs joueurs marquent la compétition. Dans les stades, les médias et sur les réseaux sociaux, la haine interroge désormais la capacité du football à unir le monde. Le politiste Hatem M’rad revient sur ce fléau dans et hors des stades.

En bref

  • Le Mondial 2026 connaît une multiplication des incidents et des propos racistes.
  • Kylian Mbappé a dénoncé les attaques de la sénatrice paraguayenne Celesta Amarilla.
  • L’influenceur IShowSpeed et plusieurs joueurs néerlandais ont également subi des comportements ou des insultes racistes.
  • La FIFA a recensé 89 000 publications injurieuses pendant la phase de groupes.
  • Environ 11 % de ces publications présentaient un caractère explicitement raciste.
  • Le racisme touche les tribunes, les médias, les discours politiques et les réseaux sociaux.
  • Les instances du football sont appelées à sanctionner fermement tous les responsables.

Quand la haine et le racisme s’invitent dans la Coupe du monde de football, sous les feux des projecteurs, le football pourra-t-il encore unir le monde comme il le faisait dans le passé ?

Il y a des tournois qui révèlent des talents. Il y en a d’autres qui font ressortir au grand jour, sans retenue et brutalement, les vices cachés des hommes.

Depuis le début de cette Coupe du monde de football nord-américaine de 2026, les scènes de célébration se mêlent souvent à des scènes de haine. Dans cette édition, contrairement aux précédentes, le racisme n’est plus aussi discret ou secret. Il s’installe en pleine lumière, dans les tribunes, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il bénéficie souvent d’une impunité inquiétante. Le racisme au Mondial 2026 devient ainsi l’un des sujets majeurs de cette compétition.

Kylian Mbappé visé par des propos racistes au Mondial 2026

Le symbole le plus éclatant reste l’altercation entre Kylian Mbappé et la sénatrice paraguayenne Celesta Amarilla. Cette affaire de propos racistes contre Kylian Mbappé a rapidement dépassé le cadre sportif.

Après l’élimination du Paraguay face à la France en huitièmes de finale, l’élue de l’opposition s’en est prise au capitaine français.  La sénatrice a employé des termes ouvertement racistes et l’a renvoyé à ses origines camerounaises. Elle l’a qualifié de « Camerounais colonisé » qui « tétait des noix de coco » au lieu du lait maternel. Elle contestait ainsi sa légitimité à porter le maillot bleu.

Mbappé a répondu publiquement et donné une dimension mondiale à l’affaire. Il a dénoncé le « racisme décomplexé » de « la femme indigne ». L’affaire a pris une tournure diplomatique. Elle est devenue l’un des principaux symboles du racisme dans le football pendant le Mondial 2026.

Le gouvernement paraguayen s’est désolidarisé de sa sénatrice. Le Sénat paraguayen a voté une motion de censure contre ses « propos racistes », même si certains collègues l’ont soutenue. La Fédération française de football a porté plainte. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour injure publique à caractère raciste.

La FIFA et l’ONU face aux incidents racistes

Même l’ONU s’en est mêlée. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme est intervenu pour rappeler que ces propos n’étaient malheureusement pas isolés. Et il n’avait pas tort.

L’influenceur américain IShowSpeed, venu soutenir l’Égypte dans les gradins du stade d’Atlanta, a été pris pour cible. Des spectateurs argentins l’ont imité en singe à deux reprises, en quelques jours. La FIFA a donc ouvert une enquête sur ces gestes racistes dans les tribunes.

Quelques semaines plus tôt, les Pays-Bas avaient été éliminés par le Maroc en seizièmes de finale. Trois joueurs néerlandais avaient manqué leur tir au but : Crysencio Summerville, Justin Kluivert et Quinten Timber. Les internautes les ont ensuite submergés d’insultes racistes en ligne. Cet épisode illustre l’ampleur des injures racistes sur les réseaux sociaux visant les joueurs.

Les propos de l’ancien champion du monde allemand Bastian Schweinsteiger ont aussi ravivé une polémique. Celui-ci avait qualifié le jeu de la Côte d’Ivoire de « sauvage ». La controverse porte sur le vocabulaire encore utilisé pour décrire les équipes africaines.

Mondial 2026 : la FIFA recense 89 000 messages injurieux

À vrai dire, ces dérapages sont loin d’être marginaux. Les services d’observation des réseaux sociaux de la FIFA ont recensé 89 000 publications injurieuses pendant la seule phase de groupes.

Environ 11 % de ces publications présentaient un caractère explicitement raciste, contre 8 % au Mondial 2022 au Qatar. Le volume global de messages offensants a été multiplié par treize par rapport à l’édition précédente. Cette hausse témoigne de l’aggravation du racisme au Mondial 2026.

Plus d’une centaine de cas ont déjà été jugés suffisamment caractérisés pour permettre des poursuites judiciaires. Et encore ! Ces chiffres ne mesurent que les contenus observés et signalés. On n’a aucune peine à deviner l’ampleur réelle du dérapage.

Le racisme structurel vise aussi les équipes africaines

Des chercheurs en sociologie du sport, comme Bachir Sirois-Moumni, insistent sur un point souvent négligé. Il ne suffit pas de condamner les injures les plus grossières.

Il faut aussi interroger le racisme le plus feutré et structurel. Celui-ci façonne la manière dont certaines équipes sont commentées par les journalistes et les chroniqueurs de football. Il influence même les discours de certains responsables politiques. Ces stéréotypes touchent notamment les équipes africaines et leurs joueurs.

Les joueurs sont perçus comme des « corps » avant d’être jugés comme des athlètes. Certaines nations sont soupçonnées, moquées ou disqualifiées symboliquement avant même d’avoir joué.

C’est le cas du Canada multiculturel ou du Maroc, qualifié pour les quarts de finale. L’Égypte a également été accusée, sans preuve, d’avoir « acheté » un match. Plus récemment, l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a décrit la France comme une équipe « sans aucun Français ».

Les discours xénophobes gagnent les stades et les réseaux

Ce qui frappe dans cette Coupe du monde 2026, c’est la proximité entre le stade et le monde. La médiatisation outrancière et l’extension des réseaux sociaux facilitent cette proximité.

Ce n’est pas un hasard si les mêmes rhétoriques xénophobes traversent les débats politiques. Elles se retrouvent aussi dans les tribunes des stades et sur les réseaux sociaux. Le racisme dans les stades se nourrit ainsi des discours xénophobes et anti-immigration.

Des observateurs, dont Human Rights Watch, ont établi un lien entre cette vague de racisme et le climat politique international. Ce climat se caractérise par la normalisation du discours anti-immigration de dirigeants populistes. Cette tendance touche plusieurs pays occidentaux, comme les États-Unis, la France, l’Italie, l’Allemagne ou l’Angleterre.

Après tout, le stade n’est pas une île coupée du monde. Il devient même souvent une extension des tensions sociales, renforcées par la ferveur sportive. Il constitue une caisse de résonance mondialisée. On l’a aussi constaté dans les championnats nationaux de la plupart des pays du monde.

Il existe sans doute une forme d’hypocrisie à s’indigner du racisme dans le sport. Cette indignation perd son sens lorsqu’on ferme les yeux sur les logiques qui le nourrissent en dehors des stades.

Le football réussit pourtant ce miracle rare de réunir des joueurs sur un même terrain. Leurs origines sont africaines, arabes, sud-américaines, australiennes et européennes. Ils portent les maillots d’équipes qui incarnent des sociétés multiples.

C’est précisément cette réussite qui dérange certains esprits. Ceux-ci n’ont jamais accepté l’équation « une nation, une couleur de peau ». Ils refusent également les victoires collectives au nom de la diversité raciale des équipes.

Quelles sanctions contre le racisme dans le football ?

Une Coupe du monde devrait démontrer que le talent ne connaît ni frontière, ni couleur, ni race. Mais, hélas, ce mal ancien n’a pas disparu.

Il s’est seulement modernisé. Il dispose désormais d’outils plus rapides, d’une diffusion plus large et d’une capacité de nuisance décuplée.

Les instances du football devraient réagir et sanctionner fermement, sans complaisance. Les sanctions doivent viser les clubs, les fédérations, les supporters et les joueurs. Elles doivent aussi concerner les commentateurs et les journalistes sportifs coupables de tels actes. Ces sanctions contre le racisme dans le football doivent concerner tous les acteurs responsables.

Le silence en la matière n’a jamais été une option. La passivité non plus. Le caractère multinational et capitaliste du football ne doit pas occulter les valeurs de partage.

Vos questions sur le racisme durant le Mondial 2026

Pourquoi le racisme marque-t-il le Mondial 2026 ?

Plusieurs incidents racistes ont visé des joueurs et des personnalités pendant la compétition. Les insultes circulent également dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Quels propos racistes ont visé Kylian Mbappé ?

La sénatrice paraguayenne Celesta Amarilla a attaqué Kylian Mbappé en faisant référence à ses origines camerounaises. Le capitaine français a dénoncé publiquement un « racisme décomplexé ».

Comment les autorités ont-elles réagi aux attaques contre Mbappé ?

Le gouvernement paraguayen s’est désolidarisé de la sénatrice. La Fédération française de football a porté plainte et le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Pourquoi la FIFA a-t-elle ouvert une enquête concernant IShowSpeed ?

Des spectateurs argentins ont imité l’influenceur américain en singe dans un stade d’Atlanta. La FIFA a ouvert une enquête sur ces gestes racistes.

Combien de publications injurieuses la FIFA a-t-elle recensées ?

La FIFA a recensé 89 000 publications injurieuses pendant la phase de groupes du Mondial 2026. Environ 11 % présentaient un caractère explicitement raciste.

Les réseaux sociaux aggravent-ils le racisme dans le football ?

Oui. Ils accélèrent la diffusion des insultes et amplifient leur portée. Plusieurs joueurs ont subi des vagues de messages racistes après leurs matchs.

Les équipes africaines subissent-elles un traitement particulier ?

Certains commentaires réduisent encore les joueurs africains à leurs seules qualités physiques. Ce vocabulaire alimente des stéréotypes et un racisme plus structurel.

Quelles sanctions l’auteur réclame-t-il ?

L’auteur demande aux instances du football de sanctionner tous les responsables d’actes racistes : clubs, fédérations, supporters, joueurs et professionnels des médias.

 

 

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Hatem M'rad