Edito – Maroc. Jeunisme quand tu nous tiens

 Edito – Maroc. Jeunisme quand tu nous tiens

Crédit photo : Fadel Senna / AFP)

Jeunes d’un jour, jeunes de toujours ? De prime abord, au Maroc, on ne peut que se réjouir de la vague de jeunisme qui frappe les institutions, la classe politique et même le nouveau gouvernement.

 

Qui peut encore regretter ces apparatchiks qui ont dû être arrachés de leur strapontins comme on arrache une mauvaise dent mais si « la valeur n’attend pas le nombre des années », il va falloir attendre un peu avant de crier victoire, attendre que les premières décisions soient prises, voir si jeunesse rime vraiment avec excellence.

Il est bien logique que les partis politiques mettent en avant l’argument « jeunes » en mettant de nouveaux profils aux avant-postes du combat électoral mais la promotion d’une nouvelle génération en politique répond-il à une mode qui surfe sur un état d’esprit général qui dépassent les frontières du Maroc où bien le mot d’ordre de « jeunisme » sera-t-il aussi éphémère qu’une mauvaise réponse au malaise politique national, qui lui, est bien réel ?  L’impuissance de « gérontocrates » à régler les problèmes du pays sont bien sûr à la source de ce rejet de la politique. Mais la mise en avant de la jeunesse comme une panacée à tous les défis qui se posent au pays est non seulement un mauvais message que l’on envoie aux autres composantes du champ politique, mais le risque de faire table rase des acquis arrachés par des décennies de combats acharnés est grand : oublier le passé grâce à une logique de séduction illuminée par le visage de l’avenir, de la force et de la modernité.

En réalité, la politique dans son sens le plus noble n’a jamais été une affaire d’âge. Ou plutôt si, disons le crûment, quelle est la moyenne d’âge des hommes d’État qui ont marqué l’histoire du royaume ? Hassan II avait presque 50 ans quand il a réussi son plus beau coup de génie, à savoir la Marche Verte. Driss Benzekri, activiste politique des années 70, ex-dirigeant de l’organisation marxiste-léniniste “Ila Al Amame”, malgré son lot des tortures physiques qui étaient alors infligées aux opposants politiques, a accepté la présidence de la Commission nationale pour la vérité, l’équité et la réconciliation créée par le roi Mohammed VI.

Même topo pour Mehdi Ben Barka le chef de file du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste, disparu le 29 octobre 1965, à Fontenay-le-Vicomte (France), qui n’était plus un jeunot quand les leaders du monde se disputaient sa présence à leurs conférences.

Bien sûr les exemples ne manquent pas de personnages illustres qui ont accédé à de hautes responsabilités sans avoir dépassé la trentaine, mais « ces bêtes de scène » ont été à l’école de la méritocratie. Ils ont gravi les échelons un à un, en partant du bas et en profitant de l’expérience des anciens dans une logique normale de progression. On est loin de la désignation d’illustres inconnus sans bilan concret dans la gestion de la cité à des postes de responsabilité qui exigent de leurs dirigeants d’avoir un peu plus de bouteille qu’un diplôme étincelant.

 

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On peut trouver ce discours un peu dur, voire injuste envers des jeunes qui n’ont pas encore fait leurs preuves, mais le danger de voir ces responsables qui font partie, à n’en pas douter de la génération « des enfants rois », ceux qui exigent tout et tout de suite, à qui les parents, malmenés par un éducation à la dure, leur permettent tout, y compris d’humilier leurs maîtres, une génération qui ne sait pas refouler ses désirs, cyniques au plus haut point, sans égard envers leurs aînés , cruels avec leurs géniteurs , qui ne savent guère ce que c’est que le respect des valeurs et l’abnégation.

Vous connaissez Greta Thunberg ? Quand on lui a expliqué que les solutions au climat exigeaient du pragmatisme, des réformes d’envergure, elle a répondu le plus simplement du monde « on nous demande de retourner à l’école pour apprendre à devenir des politiciens ou des scientifiques, capables de trouver des solutions au problème climatique, mais nous n’avons pas le temps d’attendre de devenir adultes ». C’est bien d’écouter les enfants, mais de là à leur donner les clés du monde !

Ce qui me désole le plus dans mon pays, c’est cette manie à copier l’occident dans tout ce qu’il entreprend, cet aveuglement à prendre pour argent comptant tout ce qui est à la mode dans l’Hexagone, des vêtements aux idées, en passant par les comportements sociaux d’une société malade. Si la création ex-nihilo d’un jeune chef politique, en France, président sans passé politique surfant sur les émotions de la politique spectacle reste toujours un modèle à suivre, malgré les couacs de ses errements, alors, le monde a vraiment perdu ses repères.

 

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Abdellatif El Azizi