Kenza, le cancer, les visas et la France

 Kenza, le cancer, les visas et la France

Illustration – JAN WOITAS / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance via AFP

L’Algérienne Kenza Kacel se battait tous les jours, sans relâche. Dans une Fac en banlieue parisienne où elle tentait de s’assurer un avenir. Puis contre son cancer qui rongeait son corps depuis 2015. En phase terminale, elle est décédée jeudi 18 novembre à Paris où elle vivait depuis 2016. Kenza était toute jeune : 24 ans seulement.

 

Originaire du village kabyle d’Aït Salah dans la région d’Azazga, la jeune femme souffrait de la maladie de Hodgkin, une forme de cancer qui touche le système lymphatique, l’une des composantes du système immunitaire.

Pour avoir une chance de guérir, en plus d’une greffe de la moelle osseuse, Kenza avait besoin de faire des cures d’un anticorps spécifique au Hodgkin. Un traitement malheureusement indisponible en Algérie. En France, cela était possible. Un traitement onéreux qui s’élevait à 262 000 euros.

Alors ses proches en Algérie s’étaient mobilisés sur les réseaux sociaux, récoltant en seulement quelques jours la somme nécessaire. Un bel élan de générosité de ce côté-ci de la Méditerranée…

Jeudi 18 novembre, Kenza Kacel s’est éteinte sur son lit d’hôpital aux côtés de sa mère, la seule des Kacel à avoir obtenu un visa. Pour les autres, le frère et le père, l’administration française a refusé à deux reprises de leur délivrer le précieux sésame, jugeant de façon arbitraire qu’ils ne méritaient pas de venir rendre un dernier hommage à leur être bien aimée.

Serrer une dernière fois sa fille, sa sœur, en passe de rejoindre les Cieux, lui dire yeux dans les yeux qu’on l’aime, qu’on ne l’oubliera jamais, n’est sans doute pas vital pour une administration qui oublie trop souvent que derrière des dossiers, il y a des vies.

Pour justifier son refus, l’administration du pays des droits de l’homme a déclaré qu’elle avait “des doutes”. Elle avait notamment peur que le frangin, une fois en France, rejoigne le rang des sans-papiers. Quelle inhumanité. Quelle crasse. Quelle bêtise.

En apprenant cette infamie, un journaliste de France Inter avait fort justement consacré un reportage diffusé ce mercredi à une heure de grande écoute. Une pression médiatique qui avait fait mouche.

Le consulat à Alger autorisait enfin les proches de Kenza à venir fouler le sol français. “Enfin” est malheureusement parfois insuffisant. Kenza s’éteignait le matin alors que le vol des Kacel décollait d’Alger l’après-midi, à 14h. Trop tard pour les adieux en direct.

Triste sort pour les Kacel, une tragédie qui n’est malheureusement pas un cas isolé. Une histoire injuste qui nous fout la rage au bide et qui reflète bien l’inhumanité administrative qu’on réserve aux étrangers, aux migrants, considérés de plus en plus comme des numéros.

 

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Nadir Dendoune