Politique.Gilets jaunes - Le gouvernement a-t-il tout faux ?

Edouard Philippe annonçant, le 4 décembre 2018, le gel "pour 6 mois" des trois mesures prévues pour le 1er janvier 2019 qui ont provoqué le mouvement des gilets jaunes. © AFP

Inadaptées, tardives, immatures, les réactions du gouvernement n’ont pas réussi à éteindre l’incendie jaune. Nos hommes politiques devraient examiner à la loupe la crise des gilets jaunes pour en tirer les leçons qui s’imposent.

Alors que la maison brûle, que trouve le gouvernement français à proposer aux révoltés de la France profonde, à l’Hiver Français (pour parodier le printemps arabe) ? Un moratoire de six mois sur des taxes. 

Si Macron s’est «  enfin  » décidé à suspendre la hausse des taxes sur les carburants qui embrase le pays depuis près d'un mois, il semble bien que la décision est trop tardive. Aux yeux d'une majorité de gilets jaunes, enhardis par les succès inespérés des dernières semaines trouvent qu’aujourd’hui, c'est trop peu et trop tard. On est bien loin des mesures sociales nécessaires et réclamées par la rue.

Deuxième bourde «  si gouverner, c'est choisir, selon la belle formule de Pierre Mendès France, le gouvernement a mal choisi ses interlocuteurs : discuter avec les leaders des partis politiques et des élus de ces mêmes formations a montré ses limites puisque le mouvement des gilets jaunes n’est guère représenté à l’Assemblée nationale et rejette les syndicats.

Trop contents de casser du sucre sur le dos de la majorité, tous les leaders de l’opposition ont d’ailleurs dénoncé « la stratégie de la confrontation qui a été choisie par Emmanuel Macron » pour répondre à la crise.

L’aveuglement des médias : pratiquement aucun média n’a vu arriver le cyclone. A titre d’anecdote, quand deux pelés et trois tondus se sont attaqués aux policiers à Al Hoceima, dans le Nord du Maroc, des médias français se sont empressés de grossir les évènements et la chaîne de télévision France 24 dans sa version arabophone est allée jusqu'à user d’images violentes de manifestations au Venezuela en les faisant passer pour des photos prisesdans le feu du hirak à Al Hoceima.

Totalement groggy devant un mouvement inédit devant la violence de l’Hiver français, les médias français ont en avalé leur dentier.

Troisième erreur, c’est d’avoir misé sur le civisme des citoyens français, d’avoir trop souvent moqué les violences dans les capitales arabes alors que le b.a.-ba d’un homme politique, c’est de savoir que la psychologie des foules nous apprend que dans une manif, la violence est décuplée, autant par le mimétisme que par l’absence de responsabilité et d’une quasi certitude d’impunité.

Plus le groupe est grand, plus il est fort de ses imbéciles, de ses ignorants et des voyous qui  sont libérés du sentiment de peur, remplacé par la griserie d’une force brutale, qui balaie tout sur son passage.

Il y a aussi la faillite du renseignement. Derrière les gilets jaunes, à chaque manif d’envergure, on trouve , tapis, à l’ombre des activistes de tous les extrêmes, des casseurs professionnels de l’extrême droite bien connus, des figures de l’extrême gauche et cerise sur le gâteau des anarchistes purs et durs. Trop contents d’en découdre avec le pouvoir, ces activistes ne sont pas tombés du ciel, ils devraient avoir une adresse bien connue.

A moins d’accréditer les complotistes qui privilégient la thèse d’une manipulation des services de toutes ces manifs, force est de reconnaître que les forces de l’ordre ont été surprises par la violence et le professionnalisme des casseurs qui ont embrasé les Champs Elysées. Derrière ce choc, il y a bien entendu la faillite du renseignement.

Comment a-t-on laissé des individus dangereux, supposés être fichés, se grouper dans des artères autour de l’Arc de Triomphe pour mener des attaques surprises et se replier ?

Pour expliquer la déroute du renseignement français, on n’est pas obligé de remonter à de Gaulle, il suffit de rappeler que la réforme imaginée par Nicolas Sarkozy en 2008, pour des motifs inavouables a étêté les services de renseignements avec notamment la fusion des RG et le contre-espionnage (DST) pour former la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI devenue la DGSI). Depuis, focalisé sur la menace islamiste, les James Bond de l’Hexagone ont abandonné la surveillance des extrémistes de droite et de gauche.

Résultat, exit le listing des individus dangereux dont on aurait bien besoin aujourd’hui pour contenir la menace intérieure et parti en fumée le vaste réseau d’agents de terrain qui avait été constitué depuis près de quatre décennie et démantelé au profit du cyber renseignement dont les limites sont bien connues. A deux jours seulement pour éviter un “Acte IV” qui ne pourrait qu’être, cette fois-ci plus tragique, au moment où plus personne parmi ces Gaulois réfractaires au changement ne semble vouloir écouter , comment retrouver l'oreille du peuple  ?

IL RACONTE

CHRONIQUES

VOYAGES

EDITOS

ON A TESTE

Articles les + lus


Agenda


24 HEURES AVEC

RECETTES

TERROIR

×

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettront notamment de vous offrir contenus, services, et publicités liés à vos centres d'intérêt.

Fermer