Une vidéo glaçante d’un Marocain mort des mains de 6 gardes Espagnols

 Une vidéo glaçante d’un Marocain mort des mains de 6 gardes Espagnols

Le 1er juillet 2019, Iliass Tahiri décède sous les mains de 6 employés d’un centre pour mineurs en Espagne

En juillet 2019, Iliass Tahiri, 18 ans, est décédé dans un centre pour mineurs en Andalousie. Sa mort avait été classé comme « accidentel », mais des images de vidéosurveillance ont fait surface, remettant totalement en cause les circonstances du décès.  

Au début du mois dernier, soit un an après les faits, le média espagnol El Pais a diffusé une vidéo glaçante d’un Marocain, Iliass Tahiri, mort dans un centre pour mineurs. Cette pièce à conviction a entraîné des requêtes pour rouvrir le dossier, pour lequel une juge d’instruction, en janvier 2020, avait déclaré un non-lieu, concluant à une mort « accidentelle ». Le 18 juin, le parquet d’Almeria a demandé la réouverture de l’enquête sur le décès.

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Les faits

La vidéo insoutenable de 13 minutes montre des employés de ce centre de Tierras de Oria, plaquant Iliass Tahiri sur un lit, à plat ventre, tête contre l’oreiller, avant que l’un d’entre eux s’agenouille sur le bas du dos d’Iliass pour lui serrer une sangle autour de sa taille. Le quotidien espagnol indique qu’il s’agit d’« un responsable du centre et cinq gardes de sécurité ». Les six bourreaux l’immobilisent alors violemment, tandis qu’Iliass Tahiri rend son dernier souffle.

Cette technique de « contention mécanique » assénée à Iliass Tahiri consiste à attacher la personne sur un lit pour qu’elle ne puisse pas se blesser ni blesser autrui. Elle ne peut être utilisée que si l’individu est agité ou agressif. Mais le jeune marocain n’a montré aucun signe de résistance violente. Elle ne pouvait donc être justifiée.

L’un des gardes impliqués a déclaré aux enquêteurs que son rôle lors de l’immobilisation était de veiller à ce que la tête du jeune marocain « reste sur le côté pour éviter la suffocation, les vomissements et permettre au jeune homme de respirer ». Mais la vidéo montre qu’il n’est pas intervenu lorsque Iliass était face à l’oreiller, et lorsqu’un garde a mis son genou près de la tête du jeune garçon durant plusieurs minutes.

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Originaire de Tétouan et résident à Algasiras depuis 2017, Ilias Tahiri est passé par deux centres pour mineurs pour « quelques problèmes dans la rue », selon son frère. Le 2 mai 2019, Iliass est placé dans celui d’Oria, le 2 mai 2019, avant d’y rendre l’âme, deux mois plus tard. « Cette vidéo montre comment ils l’ont tué, c’est un meurtre » déplore Anass Tahiri, le frère d’Iliass de 22 ans. La famille de la victime a fait appel du classement de l’affaire.

Droits humains

Quelques jours après la diffusion de ces images, le défenseur des droits espagnol Francisco Fernandez Marugan, a réclamé que le gouvernement change la loi : « Une décision rapide et radicale est nécessaire pour mettre fin à l’utilisation de la contention mécanique une fois pour toutes [et] personne d’autre ne doit mourir en Espagne dans ces circonstances. » Pour lui, « la vidéo montre un usage de la force nettement disproportionné compte tenu de l’attitude d’Iliass ». C’est « une agression et une violence totalement inutiles » et « c’est cette situation de stress et de violence qui l’a tué ». De son côté, Ginso, l’entité gérant le centre où est décédé Iliass Tahiri, avait alors assuré que « la nécessité et la correcte application des mesures de contention » avaient été démontrées par l’enquête et que les employés avaient « respecté scrupuleusement le protocole ». Ce procédé reste « exceptionnel » et est pratiqué avec « le moins de force possible ».

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L’Association andalouse des droits de l’homme (Apdha) affirme que ce type de méthode est une « pratique courante » dans les centres pour mineurs, tandis que le procureur d’Almeria a ordonné que cette pratique soit « immédiatement » suspendue dans les centres gérés par Ginso.

En 2016, le Comité pour la prévention de la torture s’était rendu à Tierras de Oria, dénonçant sa technique de contention comme un « recours disproportionné à la force » et exhortant les autorités régionales à y mettre fin. Selon la députée régionale d’opposition Maribel Mora, « rien ne s’est passé ensuite ». Selon des chiffres officiels, la contention a été utilisée 360 fois dans les 16 centres andalous pour jeunes durant les deux années suivantes.

Malika El Kettani