Castaner : Amnesty International dénonce sa volte-face

 Castaner : Amnesty International dénonce sa volte-face

Le ministre Christophe Castaner à l’assemblée Christophe ARCHAMBAULT / AFP / POOL

Dans un communiqué rendu public ce mardi 16 juin, Amnesty International France a jugé « regrettable que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner revienne sur sa décision d’abandonner la pratique de la clé d’étranglement dont il avait lui-même rappelé la dangerosité lundi 8 juin 2020 ».

Il y a une semaine, le premier flic de France avait provoqué la colère des policiers en annonçant la suppression de la clé d’étranglement. Une décision perçue par beaucoup comme une concession aux militants antiracistes qui manifestent en masse depuis plusieurs jours contre les « violences policières ». Devant le tollé qu’avait déclenché cette annonce, et la pression des syndicats de police, Christophe Castaner était en partie revenu sur ses propos supprimant la clé d’étranglement sanguin mais pas respiratoire. Finalement, le ministre de l’Intérieur a décidé de suspendre cette interdiction jusqu’à ce qu’une méthode efficace puisse la remplacer.
Dans une note datée de lundi 15 juin, le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, a informé ses équipes que la technique controversée dite de « la clé d’étranglement » — qui permet, par une pression au cou, d’interpeller un individu récalcitrant ou corpulent — pourra continuer d’être utilisée « avec discernement » par les policiers jusqu’au 1er septembre.

La volte face du ministre de l’Intérieur a provoqué l’indignation des associations des droits de l’homme.

« Cette technique peut provoquer la mort. Aux États-Unis, Eric Garner a été tué par une clé d’étranglement en juillet 2014, en France, Cédric Chouviat est décédé après avoir en subi une en janvier 2020 », rappelle Amnesty International France.
« Dans un contexte d’interpellation, où la personne ne menace pas de façon grave et imminente la vie d’une autre personne, il est illégal au regard du droit international d’utiliser la clé d’étranglement car cette technique ne répond pas au principe de proportionnalité en raison de sa dangerosité. Compte tenu du fait qu’elle ne permet pas forcément d’immobiliser la personne, sa légitimité et sa nécessité sont aussi questionnables. Plusieurs polices l’interdisent, comme à New York ou en déconseille l’usage comme c’est le cas au Royaume Uni », continue encore l’association.
Pour Cécile Coudriou, Présidente d’Amnesty International France, «la gravité de la situation nécessite une réponse globale des autorités, et non des mesures par à-coups, se focalisant sur certaines armes ou techniques et annoncées en fonction de l’actualité.  Créer un groupe de travail sur les techniques d’interpellation envoie un très mauvais signal, indiquant que le ministère de l’Intérieur se focalise sur l’usage de la force par les agents : la force n’est que le dernier recours et le travail de la police ne doit pas être réduit à cet enjeu. »
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.