Victime de violences conjugales, Khadija appelle à un rassemblement ce lundi devant le parvis des Droits de l’homme à Paris

 Victime de violences conjugales, Khadija appelle à un rassemblement ce lundi devant le parvis des Droits de l’homme à Paris

Khadija, victime de violences et de viols répétés de la part de son ancien compagnon, verra ce dernier sortir de prison le 17 février 2024 après une condamnation à huit ans de détention.

Khadija, une jeune femme de 34 ans, qui tient à garder l’anonymat de peur des représailles, appelle à un rassemblement ce lundi (12 février) à 18h30 devant le parvis des Droits de l’homme à Paris. Elle souhaite interpeller Gérald Darmanin car elle se sent toujours en danger.

 

Khadija été victime de violences répétées et de viols de la part de son ex-compagnon. Son agresseur, condamné à huit ans de prison en 2020 par la cour d’assises de Limoges (NDLR : condamné pour violences répétées mais acquitté pour les viols dont Khadija l’accusait), doit sortir de détention samedi prochain.

Une histoire ubuesque aux relents kafkaïens. Le procès de son agresseur s’est déroulé en l’absence de Khadija, pourtant constituée partie civile et impliquée tout au long de l’instruction. Elle n’avait pas été informée de la tenue de l’audience (voir nos éditions). Le tribunal avait envoyé la convocation à une adresse qui n’était pas la bonne !

Depuis plusieurs années, Khadija demande en vain à la justice un nouveau procès. « Je n’ai pas pu donner ma version des faits à l’audience. J’aurais aimé faire entendre ma voix, exprimer mes souffrances, faire part de mes craintes », regrette-t-elle au téléphone, la voix remplie d’émotion.

Khadija aimerait surtout que la loi change : aujourd’hui, aux assises, seul l’accusé et le ministère public peuvent faire appel d’une décision.

Khadija, plus connue sous le nom de Khadija La Combattante, – c’est comme ça qu’on peut la suivre sur les réseaux sociaux -, a du mal à rester calme depuis qu’elle a appris que son ancien compagnon va être libéré dans une semaine. « Il est capable de tout. En plus des viols, il a tenté de me tuer en me suspendant au dessus d’un pont. Il a déjà été condamné à huit reprises. La prison ne lui fait pas peur », raconte la trentenaire.

Marocain, sans papiers, – la préfecture ne lui a pas renouvelé sa carte de séjour dixit Khadija -, le juge d’application des peines aurait demandé dès sa sortie de prison son expulsion vers son pays d’origine, mais le consulat marocain n’aurait pas encore délivré un laissez-passer, document indispensable qui permet d’officialiser la reconnaissance par le Maroc de la nationalité de l’agresseur de Khadija. Sans ce papier, l’agresseur de Khadija pourrait encore rester de longs mois sur le territoire français.

Il y a deux jours, le 8 février, Gérald Darmanin postait une vidéo sur X (anciennement Twitter) où il demandait aux Préfets de « regarder tous les dossiers des étrangers qui auraient été condamnés à une peine de prison de plus de cinq ans ». 

Khadija y a vu un signe. Ce lundi, elle espère qu’elle sera entendue par le ministre de l’Intérieur.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.