Universités françaises et partenariats israéliens : le bras de fer arrive devant les juges

 Universités françaises et partenariats israéliens : le bras de fer arrive devant les juges

Étudiants devant un drapeau palestinien, bloquant l’entrée de l’Institut d’Études Politiques (IEP-Sciences Po) à Strasbourg lors d’une manifestation contre le renouvellement du partenariat avec l’université israélienne Reichman, le 9 avril 2025. © Frederick FLORIN / AFP

Le conflit change de terrain. Après les amphis occupés et les tribunes enflammées, place au droit. Le 24 mars 2026, une coalition inédite — syndicats, étudiants, organisations palestiniennes et juives — dégaine une série de recours contre les universités françaises et l’État. Objectif : forcer la transparence, suspendre les partenariats avec des institutions israéliennes et, à terme, les faire tomber.

 

Même jour, même stratégie. Plusieurs procédures sont déposées en parallèle devant la justice administrative et la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA). Une offensive coordonnée. Dans le viseur, Sciences Po, la Sorbonne, l’École normale supérieure de Lyon. Mais aussi deux poids lourds, les ministères de l’Enseignement supérieur et des Affaires étrangères. Du campus aux sommets de l’État, tout le monde est embarqué.

La pression monte depuis des semaines. Un rapport récent vise particulièrement Sciences Po. Il évoque au moins un million d’euros par an provenant d’entreprises liées aux opérations israéliennes à Gaza et à la colonisation en Cisjordanie occupée.

La mobilisation couve depuis l’année universitaire 2023-2024, dans la foulée du 7 octobre. Une partie des étudiants dénonce les violences dans les territoires palestiniens, s’appuyant sur des rapports d’organisations internationales.

Face à cela, Sciences Po verrouille. En 2024, l’établissement adopte une ligne de « neutralité ». Moins de prises de position, quelques ajustements internes, mais aucune rupture avec ses partenaires.

C’est précisément ce que conteste le rapport. Il passe au crible les liens avec des universités israéliennes — Tel-Aviv, Jérusalem — et avec des multinationales comme Microsoft, Google ou BNP Paribas.

Pour ses auteurs, impossible de parler de neutralité. Ces partenariats, disent-ils, produisent des effets très concrets : influence, visibilité, recrutement. Et posent, au passage, des questions juridiques.

Depuis plus de deux ans, la contestation s’installe dans le paysage universitaire français. Accusations de violations du droit international, critiques de la colonisation, dénonciations plus graves encore.

Mais en face, un mur. Débats bloqués, votes annulés, rapports laissés de côté. Les organisations parlent d’un « verrou institutionnel ». Alors elles changent de méthode. Direction les tribunaux.

Leur argumentaire s’appuie sur la Cour internationale de justice. En 2024, celle-ci évoque un « risque plausible de génocide » à Gaza et juge illégale la présence israélienne dans les territoires occupés. Pas de contrainte directe, certes. Mais, pour les requérants, une obligation claire pour les États tiers : ne pas fermer les yeux, ne pas soutenir.

Autre point de friction : le rôle des universités israéliennes. Pour les plaignants, elles sont liées au complexe militaro-industriel, via la recherche ou des coopérations avec l’armée. D’autres universitaires dénoncent une vision caricaturale et rappellent la diversité des positions internes.

La comparaison avec la Russie revient sans cesse. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, les universités françaises avaient coupé leurs liens avec leurs homologues russes. Sans grand débat. Pourquoi pas ici ? Pour les requérants, la réponse est politique. Les directions d’université, elles, s’abritent derrière l’État.

Un avis du ministère de l’Enseignement supérieur, en 2024, encourage à maintenir les partenariats. Sans valeur contraignante. D’où la question : jusqu’où va vraiment l’autonomie universitaire ?

L’exemple de Paris-Saclay en dit long. En février 2026, son conseil d’éthique recommande de suspendre certains partenariats. Avis retiré dans la foulée, sans explication.

La France n’est pas seule. Depuis 2024, des universités à l’étranger ont déjà rompu ou gelé leurs liens avec des institutions israéliennes, au nom d’un « devoir de vigilance ».

Au fond, le débat dépasse largement ce cas. Quel rôle pour l’université face aux conflits ? Se taire ou s’engager ?

En passant par la justice, les organisations changent les règles du jeu. Ce n’est plus seulement un débat moral ou politique. C’est un contentieux. Et désormais, la bataille ne se joue plus seulement dans les amphis, mais devant les juges.

 

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