Cinéma. « Petit poussin » de Nadia Anebri, présélectionné aux César

 Cinéma. « Petit poussin » de Nadia Anebri, présélectionné aux César

« Petit Poussin », un film sur la pédophilie, de Nadia Anebri, présélectionné aux César 2022.

Nadia Anebri a été pendant longtemps danseuse professionnelle. Un accident de la route a mis un terme à sa carrière. Alors, en guise de thérapie, elle s’est mise à écrire. Aujourd’hui, elle a réalisé son premier court métrage. « Petit poussin », film sur la pédophilie et le poids du silence, vient d’être présélectionné aux César. Rencontre.

 

LCDL : Comment vous est venue l’idée de ce film ?

Nadia Anebri : C’est un sujet que j’ai en tête depuis de nombreuses années. Quand j’étais plus jeune, une adolescente m’avait confié avoir été agressée sexuellement par un membre de sa famille quand elle était enfant. Elle n’avait pas osé en parler au moment des faits, de peur de ne pas être crue par ses parents. Elle est donc restée cloitrée dans son silence pendant plusieurs années.

Il y a quelque temps, je me suis retrouvée dans une situation où j’ai confié à quelqu’un quelque chose qui m’était arrivée. La personne m’a demandé si j’étais sûre de ce que j’avançais. Tétanisée face à son regard suspicieux, doutant de ma parole, j’ai presque regretté d’avoir parlé, j’avais dans les 35 ans. J’ai alors repensé à cette adolescente qui n’était alors qu’une petite fille quand c’est arrivé… C’est à ce moment-là que j’ai décidé de raconter cette histoire.

Vous avez été une bonne partie de votre vie danseuse, aujourd’hui, vous écrivez et vous réalisez…

Effectivement, j’ai découvert la danse à l’âge de 21 ans. Avant mon accident, je dansais tout le temps, et je vivais de mon art. Cet accident a mis un stop à ma carrière professionnelle. C’est à ce moment que je me suis mise à écrire.

De par ma blessure, j’étais immobilisée et prisonnière de mon corps. J’avais besoin de m’exprimer, et ça ne pouvait plus passer par le corps, en tous cas, plus comme avant, quand je pouvais danser, j’ai donc écrit…

Et j’ai choisi le scénario parce que c’est une forme d’art qui me convient parfaitement : on est dans le visuel tout de suite. J’aime le côté « totale immersion », du cinéma, se prendre les émotions en pleine figure, s’identifier à ce qu’on voit, ce qu’on entend…

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la réalisation de « Petit Poussin » ?

Avant de rencontrer ma productrice Nérimen Hadrami, j’avoue que j’ai pas mal galéré, d’autant plus que j’étais seule, autodidacte, je n’avais aucun réseau et ne connaissais aucunement l’industrie du cinéma. J’écrivais de mon côté sans vraiment savoir si ce que je faisais était bien. Seule, je ne sais pas si j’y serai arrivée. Laurence Méoc a été la première à poser son regard sur « Petit Poussin » dans le cadre d’un tutorat via le CNC (NDLR : Centre national du cinéma et de l’image animée).

Dans la lancée, j’ai suivi un accompagnement auprès de la Maison du Film et j’ai eu la chance ensuite de pitcher mon projet aux Talents en court, un dispositif mis en place par Aurélie Cardin et Jamel Debouzze. Et c’est là que j’ai rencontré ma productrice.

Vous attendiez-vous à faire partie de la première sélection des César ?

Sûrement pas ! Ça a été une totale surprise. Encore aujourd’hui, j’ai dû mal à réaliser. Tout ceci me parait tellement abstrait. J’y croirai quand j’y serai, si j’ai la chance d’y être bien sûr !

Justement, en cas de sélection officielle de « Petit Poussin » aux César, avez-vous déjà pensé à la robe que vous allez mettre ?

J’irai en pantalon. Parce que ça me saoule de m’épiler…

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.