France. Kamel Chibli du PS : « Pour que cette population invisible devienne visible »

 France. Kamel Chibli du PS : « Pour que cette population invisible devienne visible »

Kamel Chibli (PS) : “Dans 10 ou 20 ans


Kamel Chibli (PS) s’est fait connaître lors de l’élection présidentielle de 2007 en étant l’un des hommes forts de la campagne de Ségolène Royal. Ce Marocain d’origine est aujourd’hui conseiller de Jean-Pierre Bel au Sénat. Pour le Courrier de l’Atlas, il évoque le futur « grenelle des quartiers populaires » qui aura lieu aux alentours du 15 mars.




 


Le Courrier de l’Atlas : Vous avez été chargé par François Hollande d’organiser un « grenelle des quartiers populaires » pour le mois de mars. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?


Kamel Chibli : L’idée est de s’atteler à la question des quartiers, souvent oubliés par les acteurs politiques. Nous allons réunir des responsables associatifs, des chefs d’entreprises issus des quartiers populaires pour discuter autour de tables rondes. Nous ne voulons pas nous poser en victimes, bien au contraire, nous allons chercher des solutions pour que cette population invisible devienne visible. Comme tout le monde ne pourra pas venir, nous allons mettre en ligne un site participatif où tous les gens qui le souhaiteront pourront apporter leur pierre à l’édifice.


 


Comment et autour de quoi vont s’articuler ces tables rondes ?


Nous allons organiser 5 tables rondes en matinée où seront conviés 200 leaders associatifs et industriels venus de toute la France.


Les 5 tables rondes auront pour thème :


·         Économie, emploi


·         Éducation et vie associative


·         Sécurité et prévention de la délinquance


·         Logement


·         Culture


Le but est d’en faire ressortir de vraies propositions pour que les quartiers soient pris en compte lors du débat électoral.


L’après-midi sera ouverte à tous les gens des quartiers qui voudront venir se joindre à nous. Nous allons discuter de ce qui a été dit le matin, les jeunes et les moins jeunes nous donneront leur avis et à partir de là, nous essayerons de trouver des solutions.


 


Des solutions qui seront pour le candidat socialiste. Avez-vous l’assurance qu’elles seront dans son programme ?


Évidemment, la démarche est engagée politiquement. Je le fais pour François Hollande, mais ce discours, je le tiens depuis des années. Je suis issu des quartiers populaires, j’ai toujours dit aux gens, « prenez-vous en main, sensibilisons, apportons des solutions qui nous fassent gagner du terrain ».


Le candidat Hollande va défendre les propositions qui sortiront de ce grenelle, car la question des quartiers populaires va se retrouver au cœur de l’élection.


 


Quels sont les objectifs que vous vous fixez pour ce grenelle ?


Il faut régler le problème sur le fond. Ces gens attendent qu’on s’intéresse à eux, qu’il y ait un vrai discours, pas seulement « détruisons les bâtiments et puis c’est tout ».


Il faut faire de véritables propositions pour aider les projets de création d’entreprises par exemple. On ne peut attendre que le Qatar fasse tout à notre place (le pays investit dans les banlieues). La République Française doit prendre ses responsabilités. Il faut valoriser toute cette intelligentsia.


 


Quelles sont les propositions du PS pour venir en aide aux quartiers populaires ?


Je pourrais les résumer ainsi :


– Il faudrait déjà créer un fond d’aide pour les associations sur 5 ans.


– Remettre le travail dans les zones franches au goût du jour et obliger ses entreprises à recruter dans les quartiers populaires.


– Remettre en place une police de proximité, afin de donner une visibilité dans les quartiers.


– Créer un fonds d’investissement pour les jeunes créateurs entre 1 000 et 10 000 euros pour les aider à démarrer.


Nous réfléchissons aussi à une proposition de loi pour mettre fin à la discrimination qui touche les entreprises. Sans faire de discrimination positive, mais en obligeant les patrons à embaucher aussi, à compétences égales, des jeunes issus de ces quartiers.


 


Vous vous êtes toujours insurgé contre cette « diversité forcée ». Vous pensez que le PS n’aurait pas dû imposer 25 candidats issus de la diversité pour les élections législatives ?


Je suis anti-discrimination positive. Je déteste quand on force les choses. Certains jeunes dont les parents sont venus d’ailleurs n’y arrivent pas, car on les a enfermés dans des cases. Ils font partie de la diversité pour faire valoir et ça, ça me gonfle. Ces gens sont une dynamique et une richesse pour notre pays, mais ils sont laissés de côté, ou alors on les sort pour dire : « voilà, on a notre quota ».


Il faut les rendre visible, en finir avec les clichés et mettre en avant tous ceux qui ont réussi. Ils sont intelligents, ils ont plein de projets, et ils sont nombreux (10 millions). Ils doivent passer au premier plan car ils sont l’avenir de notre pays. Dans 10 ou 20 ans, le métissage sera en marche, qu’on le veuille ou pas.


Jonathan Ardines




 

Jonathan Ardines