Sabri, 10 ans, raconte son confinement

 Sabri, 10 ans, raconte son confinement

Parole de confinés. Sabri Khelifi


"Je m’appelle Sabri Khelifi et j’ai 10 ans. Je suis confiné avec mes parents et Farès qui est mon frère jumeau. Nous n’avons pas de jardin et c’est bien dommage. Je partage une chambre avec mon frère, mais ça va quand même parce que je sais qu’il y a des gens qui sont pires que nous et qui vivent à 10 dans un plus petit appartement que le nôtre et il y a aussi des personnes qui vivent dehors…"


"Parfois, je suis triste quand je pense à ma famille et j’ai peur qu’ils attrapent le Coronavirus. Je pense surtout à mes deux mamies qui sont toujours très gentilles avec moi et avec leur âge qui n'est plus tout jeune, je sais qu'il y a plus de risques pour elles.


"Je pense surtout à ma famille l’après-midi quand je descends les escaliers pour aller prendre l'air dans la cour. Les marches de l’escalier, ça me fait penser aux membres de ma famille. Je compte les marches une par une. En bas, je deviens heureux parce que c'est comme si qu'être arrivé au bout de ces marches prouvaient qu’ils étaient tous encore vivants.


"Je souffle alors un bon coup et je me dis que de toute façon si tout le monde se protège bien, ça devrait aller et je les protège tous avec ma force par la tête. Le confinement c’est long mais on s’occupe comme on peut.


"C'est quand même sympa parce qu'on peut voir nos parents tous les jours. Ce qui me manque le plus, c’est l’école, bon, parce qu’à l’école, j’ai beaucoup de copains et avec eux, on s’ennuie jamais et puis on a du travail aussi, l’école, ce n’est pas que les copains.


"Les cours en vidéo sont plus durs que ceux qu’on suit normalement à l’école. Dans le virtuel, on se déconcentre vite car on est devant un écran et le réseau n’est pas toujours bon pour tout le monde. Je préfère écouter une maîtresse qu’un écran.


"Même pour la maîtresse, ça a l’air difficile : elle nous fait le cours pendant une heure et on revoit juste les notions qu’on a fait, on se corrige mais on ne peut pas poser les questions qu’on veut.  Et quand on le fait, on entend les messages qu’on envoie à tout le monde et parfois y a des enfants qui ne veulent pas éteindre leur micro, alors ça fait un bordel monstre.


"Je suis encore petit alors on m’a dit que ces quelques semaines sans école, je vais pouvoir les rattraper facilement, que ce n’est pas comme ceux qui passent le Bac.


"Sinon, le vélo, ça me manque aussi. Je ne savais pas que ça allait me manquer autant. Aller faire des ballades au parc de l’Ile-Saint-Denis avec mes parents. Pour l’instant, ce n’est pas possible.


"J’étais un peu préparé au confinement grâce à mes parents qui m'avaient prévenu comment ça allait se passer mais je pensais que pendant le confinement, on n’allait pas travailler, que ça allait être un peu comme les vacances à la maison, qu’on allait avoir le temps de jouer, d’aller sur la console, mais en vrai, on travaille autant que quand c’est normal, ça change pas vraiment les choses.


"Comme ça fait plus de trois semaines qu’on est 24h sur 24h ensemble, forcément, j’ai appris des choses sur mes parents. Par exemple, ma mère, bon, ce n’est pas de sa faute, mais son talent à la cuisine ce n’est pas terrible. C’est bizarre, avant, je m’en rendais pas compte. Mais elle a énormément d’autres qualités : elle est très attentive à nos besoins et très attentionnée.


"Mon père, c’est le contraire : il regarde trop son téléphone mais il fait très bien la cuisine. On peut dire que ce sont des parents parfaits si on les met tous les deux ensemble. Je mange un peu plus de sucreries que d'habitude, comme des gâteaux, quelques bonbons aussi et mon fameux chocolat blanc. Il paraît que pendant le confinement certains grossissent mais moi je ne pense pas que j’ai pris du poids. Je fais toujours 25 kilos.


"J’ai hâte que le confinement s’arrête. Quand ça sera fini, j’irai voir si tous mes proches vont bien, d’abord, mes deux mamies bien sûr. Et après, j’irai jouer avec mes copains Assia, Inaya et Zoran. Et je prendrai mon vélo pour rouler autant que je veux avec…


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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.