« Notre choix est toujours entre le mauvais et le pire »

 « Notre choix est toujours entre le mauvais et le pire »

Porter La voix des journalistes d’Alep – Conférence à Paris. Reem Fadel (4ème droite) – Youcef Seddik (2ème droite). Crédit photo : Collectif des Amis d’Alep


 


Quand le fait de relayer de l'information devient un acte politique, un acte de résistance. Vendredi dernier (1er avril), le Collectif des Amis d'Alep (CAA) invitait, à l'institut du monde arabe, quatre journalistes alépins, tous anciennement victimes des exactions du régime mais également de Daech. Entre espoirs suscités par un peuple en mouvement et déception de la part de l'Union européenne, les journalistes, les résistants, se sont livrés sans concessions.


 


Informer malgré tout


C'est alors qu'elle était en master de critique littéraire que Reem Fadel a, pour la première fois, exprimé son engagement politique. C'était lors d'une manifestation à l'université d'Alep, le régime a nié la manifestation. Pour montrer au reste du monde tous ces jeunes qui demandaient la liberté, Reem a commencé à poster des vidéos, faire des banderoles, écrire des articles et autres activités plutôt risquées en Syrie qui lui ont valu sa première arrestation : « J'ai été arrêtée fin 2013 par l'armée syrienne. J'ai été enfermée trois mois, dans trois centres de détention. J'ai été condamnée pour avoir fait entrer du lait pour les enfants dans les zones libérées, pour ça ils m'ont inculpée pour terrorisme. Mes parents ont payé pour que je sorte de prison. j'ai laissé tombé mon nom et écrit des article sur ce qu'il se passait ». Les prisons du régime sont loin d'être hospitalières mais Reem Fadel préfère continuer d'informer et dénoncer que d'attendre le prochain bombardement : « Le Syrien a accepté l'idée de la mort, ça fait partie de son quotidien. Mais pendant la détention on souhaite la mort mille fois ».


 


Entre le régime et Daech


Avant 2011, Youcef Seddik travaillait dans un institut médical d'Alep. Quand on sait que le seul média appartenait au régime et que lorsqu'un Syrien résident à l'étranger écrivait quelque chose de mauvais sur le régime, ce dernier arrêtait un membre de sa famille, on comprend pourquoi Youcef Seddick s'est senti obligé, par les circonstances, à travailler comme journaliste. Lui aussi a connu les affres de la détention. Arrêté par le régime en 2012, puis enlevé par Daech en 2013, le journaliste n'a pu que relever les similitudes : « J'ai été détenu pendant 6 mois. C'était les mêmes méthodes que le régime, seules les phrases changeaient. Le régime me frappait en insultant mon dieu et Daech me frappait en disant Dieu est grand ».   


 


Le peuple souffre


« C'est un peuple qui a fait le choix de la liberté. Pourquoi notre choix est toujours entre le mauvais et le pire ? » s'indigne Reem Fadel. Cette dernière n'épargne pas la communauté internationale et l'Europe qui n'a soutenu la Syrie que par des mots et non des actes. Youcef Seddick est sur la même ligne et va même plus loin en dénonçant les rapports intimes avec les régimes totalitaires et pendant ce temps, le peuple souffre : « Il y a un peuple qui se fait massacrer par le régime sous prétexte d'être terroriste et par Daech qui le traite de mécréant ». Malgré tout, journalistes et peuple syrien continuent de se battre pour la liberté d'opinion, de média et de former des partis : « Malgré le chaos, après cinq ans de combat, le peuple syrien est revenu dans la rue pour manifester » indique Reem avec une lueur d'espoir et une grande détermination dans les yeux.


F. Duhamel

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