EXCLUSIF. « Maroc, la force de la stabilité », le livre événement

« Maroc, la force de la stabilité » de Sébastien Boussois
Le Courrier de l’Atlas publie en exclusivité des extraits de « Maroc, la force de la stabilité » aux Editions Le Cherche-Midi, le nouvel ouvrage de Sébastien Boussois qui sort le 25 juin prochain. L’auteur y analyse les ressorts qui ont fait du Maroc une puissance africaine influente, entre stabilité politique, diplomatie, souveraineté et stratégie régionale.
En bref
- Sébastien Boussois analyse le Maroc comme une exception de stabilité dans le monde arabe
- La monarchie est présentée comme un facteur central de continuité institutionnelle.
- Le Sahara apparaît comme un levier de souveraineté et de développement.
- Tanger Med illustre la montée en puissance économique et logistique du Maroc.
- L’Afrique est décrite comme la profondeur stratégique de l’influence marocaine.
- Le soft power marocain constitue un atout diplomatique majeur

Dans son nouvel ouvrage consacré au Maroc, le politologue Sébastien Boussois développe une thèse forte : dans un environnement régional marqué par les crises, les conflits et les recompositions géopolitiques, le royaume chérifien a réussi à faire de sa stabilité du Maroc un véritable levier de puissance.
Le Maroc, une exception de stabilité dans le monde arabe
L’auteur estime que le Maroc constitue aujourd’hui une exception dans le monde arabe et une puissance africaine en pleine affirmation.
« Le Maroc montre que la stabilité peut devenir une forme de puissance, que la souveraineté peut se renforcer par l’adaptation, et que la sécurité, lorsqu’elle est pensée comme une stratégie globale, peut constituer un facteur d’influence durable plutôt qu’un simple réflexe défensif. »
Pour Sébastien Boussois, l’un des tournants majeurs de l’histoire récente du pays demeure la réponse apportée aux mouvements du Printemps arabe au Maroc. Alors que plusieurs États de la région ont sombré dans l’instabilité, le Maroc a privilégié une voie réformiste.
« Quinze ans après 2011, le contraste avec le reste du monde arabe est frappant. La plupart des États issus du Printemps arabe se sont soit effondrés, soit verrouillés, soit plongés dans des crises durables. Le Maroc, lui, reste un État fonctionnel, stable et inséré dans les grands équilibres internationaux. Cette résilience ne tient pas à l’absence de problèmes, mais à la capacité du système monarchique à absorber les chocs sans se désintégrer. En 2011, Mohammed VI a compris que la survie de l’État passait par la réforme et non par la répression ou l’aveuglement. En choisissant la transformation encadrée plutôt que la rupture, il a permis au royaume d’échapper au destin tragique de tant de pays arabes et de consolider ce qui est devenu aujourd’hui l’un de ses principaux atouts géopolitiques : la stabilité. »
Le choix de la réforme en 2011
Le livre se veut clair. Le Maroc n’a pas subi une chute de régime mais une réforme de celui-ci. En 2011, face aux revendications, le roi Mohammed VI aurait choisi « une troisième voie : celle de l’initiative politique », notamment à travers la réforme constitutionnelle annoncée dès mars de la même année. L’auteur considère que cette décision a permis de transformer « une dynamique de rue en processus institutionnel », évitant au royaume les scénarios observés ailleurs dans la région.
« Le souverain répond aux mobilisations du Printemps arabe, non par la confrontation ni par le retrait, mais par l’initiative politique. En proposant une nouvelle Constitution, il élargit les prérogatives du gouvernement et du Parlement, reconnaît la diversité culturelle et linguistique du pays et renforce certains droits, tout en maintenant la monarchie comme garante de l’équilibre institutionnel. »
Une monarchie au cœur de la stabilité marocaine
Au centre de cette singularité marocaine, Sébastien Boussois place la monarchie. Loin de la présenter comme une simple survivance historique, il la décrit comme « l’héritière d’une construction historique qui remonte à plus de douze siècles ».
« La monarchie marocaine agit ainsi comme un stabilisateur systémique. Elle absorbe les conflits, canalise les contestations et permet la recomposition permanente des équilibres politiques. Les partis peuvent s’opposer, les gouvernements se succéder, les mouvements sociaux se manifester, mais l’État demeure, car il dispose d’un axe autour duquel la vie politique s’organise. Cette capacité à produire de la continuité dans le changement est l’une des raisons profondes pour lesquelles le Maroc a échappé aux effondrements et aux guerres civiles qui ont frappé une grande partie du monde arabe depuis un demi-siècle. »
Un modèle religieux présenté comme facteur de stabilité
L’ouvrage accorde également une place importante à l’islam marocain. L’auteur estime que la religion a été intégrée « au cœur même de l’architecture de l’État » comme outil de cohésion nationale. Il décrit un « islam du juste milieu » fondé sur la modération, la continuité et l’enracinement social. Pour Boussois, le Maroc a fait le choix stratégique de transformer l’islam « non pas en champ de bataille idéologique, mais en ressource de stabilité et en outil de projection internationale ».
Cette approche constituerait aujourd’hui un élément distinctif du modèle marocain face aux défis de la radicalisation.
« Le modèle marocain offre une piste stratégique : un islam institutionnalisé, formé localement, adossé à une autorité religieuse légitime et inséré dans un cadre royal et sacré. Un islam de stabilité plutôt qu’un islam de rupture. »
Une crédibilité sécuritaire reconnue à l’international
Autre pilier identifié par l’auteur : la lutte antiterroriste. Depuis les attentats du début des années 2000, Rabat aurait développé une stratégie globale mêlant renseignement, prévention, coopération judiciaire et encadrement du champ religieux. Par exemple, les services marocains sont ainsi présentés comme des acteurs reconnus sur la scène internationale, notamment dans leur coopération avec les partenaires européens. Cette expertise aurait ainsi renforcé la stature diplomatique du royaume, désormais considéré comme un partenaire incontournable entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
« Les services marocains sont aujourd’hui reconnus pour leur professionnalisme, leur capacité d’anticipation et leur rôle déterminant dans la neutralisation de menaces visant le continent européen. Cette coopération sécuritaire s’inscrit dans une vision plus large, où Rabat se positionne comme un pivot entre l’Europe, l’Afrique, le monde arabe et, depuis les accords d’Abraham, Israël. »
Le Sahara au centre de la stratégie de développement
Le Sahara occupe également une place centrale dans l’analyse de Sébastien Boussois. L’auteur parle d’une « démonstration de souveraineté par le développement », mettant en avant les investissements réalisés dans les infrastructures, les énergies renouvelables, la pêche ou encore le tourisme. Il estime que la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en décembre 2020 a constitué « un basculement stratégique majeur », produisant un effet d’entraînement diplomatique en faveur des positions de Rabat.
« Cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté logistique, où les ports ne sont plus de simples points de passage, mais des leviers de développement économique régional. Le projet illustre la volonté marocaine de maîtriser l’intégralité des chaînes de valeur, de créer des emplois locaux qualifiés et de diversifier ses partenaires commerciaux dans un monde en recomposition. »
Le Maroc, hub entre l’Europe et l’Afrique
L’une des idées les plus développées dans l’ouvrage concerne la transformation du royaume en plateforme géopolitique et économique. Toutefois, pour Boussois, « la centralité géopolitique du Maroc » ne résulte plus seulement de sa position géographique mais de choix stratégiques assumés. Le port Tanger Med est présenté comme le symbole de cette mutation, devenu en moins de vingt ans « le premier hub de conteneurs de Méditerranée et d’Afrique ». Cette dynamique aurait permis au royaume de se positionner comme un point de connexion majeur entre l’Europe, l’Afrique, le monde arabe et les marchés internationaux, confirmant son rôle de puissance africaine et de carrefour stratégique régional.
« Cette trajectoire a donné au royaume un rôle de plus en plus central dans la sécurité régionale. Partenaire stratégique des États-Unis, interlocuteur fiable de l’Europe, acteur clé en Afrique, point d’équilibre au Moyen-Orient, le Maroc est devenu un fournisseur de stabilité. Sa capacité à produire du renseignement, à sécuriser ses frontières, à coopérer avec les grandes puissances et à projeter sa présence au sud du Sahara a transformé sa position géopolitique. Rabat n’est plus un État périphérique, mais un pivot discret entre plusieurs mondes. »
L’Afrique comme profondeur stratégique d’une puissance africaine
Le livre insiste également sur le retour du Maroc en Afrique. Mohammed VI y apparaît comme l’artisan d’une stratégie visant à transformer la stabilité intérieure du royaume en influence continentale. Le souverain aurait ainsi fait de cette stabilité un levier de puissance africaine.
« Dans ce contexte de décomposition progressive de nombreux États africains, la capacité du Maroc à demeurer stable prend une valeur géopolitique particulière. Mohammed VI a compris très tôt que la sécurité du royaume ne se jouerait pas uniquement dans sa relation avec l’Europe, mais dans sa capacité à devenir un pôle de continuité et de projection dans un continent fracturé. Là où beaucoup de pays africains sont pris dans des spirales de coups d’État, de guerres civiles ou de faillite économique, le Maroc offre une combinaison rare de stabilité politique, de capacité administrative et de crédibilité financière. Cette singularité donne au royaume une profondeur stratégique qui dépasse largement sa taille. »
« Le Maroc est devenu une puissance africaine par la pratique, par l’investissement et par l’institutionnalisation », affirme l’auteur. L’Afrique y est décrite non seulement comme un espace de solidarité mais aussi comme « un marché, un champ d’influence et un multiplicateur de puissance ».
« Le Maroc, lui, est devenu une puissance africaine par la pratique, par l’investissement et par l’institutionnalisation. La monarchie a compris que l’Afrique n’est pas seulement un espace de solidarité. C’est un marché, un champ d’influence et un multiplicateur de puissance. En réinscrivant le Maroc dans son africanité, Mohammed VI n’a pas fait un choix idéologique. Il a construit une plateforme géopolitique et économique qui place le royaume au centre du continent du XXIe siècle. »
Le pari du soft power marocain
Enfin, Sébastien Boussois met en avant les dimensions culturelles et symboliques de l’influence marocaine. La préservation du patrimoine juif marocain, la promotion du dialogue interreligieux et l’image d’un pays ouvert sont présentées comme des atouts diplomatiques majeurs.
« Le royaume est l’un des très rares pays arabes à avoir préservé de manière continue sa communauté juive, sa mémoire et ses lieux de culte, même après les grandes vagues d’émigration du XXe siècle. Des centaines de synagogues, de cimetières et de quartiers juifs ont été restaurés, entretenus et protégés par l’État marocain. Cette politique n’est pas symbolique. Elle traduit une vision de la nation comme espace de coexistence et de continuité, dans lequel la pluralité religieuse fait partie de l’identité nationale. »
Dans un contexte international souvent marqué par les représentations négatives du monde musulman, le Maroc offrirait, selon l’auteur, « un autre narratif » : celui « d’un État ancien et moderne, enraciné et ouvert, fidèle à son héritage mais tourné vers l’avenir ».
« Dans un monde fragmenté, où l’image des pays musulmans est souvent associée à la violence ou à l’instabilité, le Maroc offre un autre narratif. Celui d’un État ancien et moderne, enraciné et ouvert, fidèle à son héritage mais tourné vers l’avenir. Cette diplomatie culturelle, profondément ancrée dans l’histoire et portée par la monarchie, complète et amplifie la diplomatie stratégique du royaume. Elle transforme la culture, la mémoire et la tolérance en instruments silencieux mais puissants d’influence internationale. »
Au final, Sébastien Boussois dessine le portrait d’un royaume qui aurait fait de la stabilité, de la souveraineté et de la diversification de ses partenariats les ressorts de son ascension géopolitique. Une trajectoire qui aurait permis au Maroc de s’imposer comme une puissance africaine influente. Plus qu’une exception régionale, le Maroc apparaît sous sa plume comme un véritable « laboratoire de souveraineté » du XXIe siècle.

VOS QUESTIONS
Pourquoi Sébastien Boussois qualifie-t-il le Maroc de « laboratoire de souveraineté » ?
Pour lui, le Maroc a construit un modèle fondé sur la stabilité politique, la continuité institutionnelle et la souveraineté nationale. Une singularité dans un environnement régional souvent instable.
Comment le Maroc a construit sa puissance africaine ?
Le livre met en avant la diplomatie marocaine, les investissements en Afrique et l’influence croissante du royaume sur le continent.
Quel rôle joue Mohammed VI dans cette stratégie ?
Sébastien Boussois présente Mohammed VI comme l’artisan d’une politique visant à transformer la stabilité intérieure en influence régionale et africaine.
Quelle place occupe le Sahara dans l’analyse ?
L’auteur considère le Sahara comme un axe majeur de développement, de souveraineté et de projection stratégique du Maroc.
Pourquoi l’ouvrage cite Tanger Med ?
Le port Tanger Med symbolise la transformation du Maroc en hub logistique reliant l’Europe, l’Afrique et les marchés internationaux.
